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Transports

Toulouse. Tisséo annonce une vague de privatisation : « ça va impacter les agents comme les usagers »

La direction de Tisséo a annoncé, lors du dernier CSE, une nouvelle vague de privatisation de lignes de bus. Une attaque contre les salariés qui s'inscrit dans un projet plus global de casse des services publics de la mairie toulousaine.

Don Morrison

22 novembre 2023

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Toulouse. Tisséo annonce une vague de privatisation : « ça va impacter les agents comme les usagers »

Crédits photo : Révolution Permanente

À la suite du dernier CSE (conseil économique et sociale) le 27 octobre, la direction de Tisséo a promis une nouvelle vague d’offensive contre les travailleurs des services de transports toulousains comme l’indique un tract de la CGT Tisséo. Après plusieurs mois de grève contre la suppression de la clause de sauvegarde (qui permettait l’indexation des salaires sur l’inflation), la direction qui a méprisé la mobilisation tout en criminalisant la grève et continue d’avancer dans son projet de casse des transports toulousains.

Augmentation du temps de travail, attaque de droits syndicaux et privatisation : voilà le plan de la direction. Sur la privatisation notamment, le directeur général de Tisséo a annoncé une nouvelle vague de passage à la sous-traitance de lignes de bus. Une annonce qui laisse imaginer ce que donnera la prochaine restructuration prévue pour 2028, à l’occasion de l’ouverture de la prochaine ligne de métro.

Une privatisation rampante qui va porter à plus d’un tiers la part du réseau sous-traité

Lors du CSE du vendredi 27 octobre, le directeur général a annoncé une nouvelle vague de sous-traitance des lignes de bus prévue en deux temps. En septembre 2024, les lignes de bus 40, 41, 42 et 46 seront données à la sous-traitance, suivies en janvier 2025 des lignes 33, 43 et 50 ainsi que la suppression de la ligne 36. Ce sont donc en tout sept nouvelles lignes de bus qui vont passer à des sous-traitants, portant à près de 32 % la part du réseau qui va être sous-traité - soit un tiers des lignes Tisséo. À cela s’ajoutent différents regroupements et suppression de lignes.

Ce nouveau saut dans la privatisation va toucher autant les travailleurs du Tisséo que les usagers. «  La nouvelle vague de privatisation va toucher tout le monde. Les agents, parce que la restructuration va geler des postes et directement impacter nos collègues qui vont devoir être replacés ailleurs, et à long terme nous faire perdre des postes de titulaires qui vont aller dans la sous-traitance. De plus, les privatisations vont directement impacter les usagers, parce que la sous-traitance implique un passage moins fréquent des bus, des bus de moins bonnes qualités et des agents qui travaillent beaucoup plus pour un moins bon salaire ce qui impacte la qualité du service de transport. » témoigne un salarié de Tisséo pour Révolution Permanente.

« Je fais le même travail que les salariés de Tisséo, mais je n’ai aucune reconnaissance. Je suis obligé de travailler du lundi au samedi pour prétendre à une paie de 1 600 €. Si je rate une journée, ma paie redescend à 1 450 €. Je travaille de 5h du matin à 14h sans coupure. J’aime mon métier, mais vu la façon dont on est traités, je considère que je devrais faire grève aussi », racontait Étienne, conducteur chez un sous-traitant, interrogé au micro de Révolution Permanente pendant la grève des salariés de Tisséo en juin 2023.

Aussi, la direction de Tisséo a annoncé vouloir privatiser la mise à disposition, l’entretien, la maintenance et l’exploitation des abribus de Toulouse Métropole. Ces services, qui étaient alors effectués par les agents de Tisséo, vont être effectués par la société JC Decaux qui a hérité du marché. Cette privatisation des tâches de maintien des abribus va avoir un impact direct sur les agents de Tisséo qui vont voir leurs services et leurs tâches redimensionnées.

Un projet global de casse des services publics toulousain mené par Jean Luc Moudenc

Cette nouvelle vague de sous-traitance s’inscrit dans la continuité du projet de la mairie de démanteler les transports publics toulousains. Depuis 2016, on dénombre une trentaine de lignes qui sont passées dans les mains de sociétés privées. En 2021, Thierry Wischnewski, le directeur de Tisséo, annonçait la vente de sept lignes de plus, ce qui avait donné lieu à plusieurs jours de grève.

L’argumentaire utilisé par le directeur général est celui de la « crise ». L’entreprise public serait en « difficultés de recettes avec une perte évaluée de 40 millions d’euros » selon lui. Une déclaration qui cache mal la politique d’extension du réseau interne avec la mise en place de trois nouvelles ligne Linéo d’ici 2024, et le projet plus général de l’entreprise autour de la troisième ligne de métro. Le discours sur la situation de « crise » n’est qu’un prétexte pour permettre la mise en place de la politique néolibérale de privatisation qui permet aux entreprises privées de capter les activités lucratives et à la collectivité de tailler dans son budget.

Le maire de Toulouse Jean Luc Moudenc s’était déjà positionné en 2005 pour la privatisation des transports toulousains. Lors de la récente grève pour les salaires, il avait aussi déclaré être « totalement solidaire de la direction » ajoutant : « le seul reproche que je peux faire à Tisséo, c’est d’avoir justement un peu trop augmenté les salariés depuis trois ans ». La mairie de Toulouse s’affiche donc en soutien total à la direction de Tisséo, et mène plus largement un projet global de casse des services publics à Toulouse.

En effet, après avoir déjà mené de nombreuses attaques envers certains secteurs comme les éboueurs, la mairie veut appliquer une réforme appelée Proxima, qualifiée de potentiel « France Telecom bis », qui va s’attaquer à l’ensemble des services publics toulousains. Une politique dont vont être victimes directement les usagers qui voient déjà les prix des transports augmenter ou encore la suppression de la gratuité des musées le dimanche.

Face à une casse des services publics qui concerne autant les salariés que les usagers, il sera décisif d’opposer une mobilisation puissante qui ne se limite pas aux seuls salariés de Tisséo. Après une grève historique des transports toulousains, il faut tirer les bilans d’une stratégie de grève « saute-mouton » qui malgré sa massivité, n’a pas suffi à faire plier la direction de Tisséo. Renouer avec la grève en lien avec les usagers et les autres secteurs des services publics, constitue le moyen central pour faire reculer les offensives en cours et arracher des avancées sociales.


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