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Agriculture

Retournement de veste : la macronie et le RN refusent de voter le texte sur les « prix planchers »

L’Assemblée nationale a adopté hier, sur proposition d’EELV, la loi sur les prix planchers pour les agriculteurs. Si le texte sera a priori rejeté au Sénat et s’en tient à des déclarations de principe, le vote fait tomber les masques pour le camp présidentiel, qui a voté contre, et le RN, qui s’est abstenu.

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Retournement de veste : la macronie et le RN refusent de voter le texte sur les « prix planchers »

Crédits photo : Jean-Louis Zimmermann / CC BY 2.0 Deed

L’Assemblée nationale a adopté, ce jeudi 4 avril, la proposition de loi « visant à garantir un revenu digne aux agriculteurs et à accompagner la transition agricole », qui vise à garantir des « prix planchers » et un revenu minimum équivalent à deux fois le SMIC pour les agricultrices et agriculteurs. Enregistrée en février dernier, dans le contexte de la forte mobilisation du secteur agricole, la proposition de loi s’est faite à l’initiative de la députée Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Marie Pochon, avec le soutien de députés issus de la gauche de l’Assemblée. Voté à 89 voix contre 66, le texte est avant tout une déclaration de principe : dans les faits, il ne rend ni obligatoire, ni systématique la fixation des prix. Ce qui n’a pas empêché le camp présidentiel de rejeter la proposition de loi, et le Rassemblement National de s’abstenir.

Après les déclarations de façades, l’hypocrise de la macronie et du RN démasquée

Votée par la gauche, la loi a été rejetée par l’intégralité (moins une abstention) des 46 députés Renaissance présents dans l’hémicycle. Un vote qui a le mérite d’illustrer une nouvelle fois l’hypocrisie de la macronie et de remettre au clair leurs positions, après les déclarations démagogiques du Président de la République.

« Chahuté » par les agricultrices et agriculteurs en colère au dernier Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron avait effectué un virage à 180 degrés, s’affirmant en faveur de « prix planchers qui permettront de protéger le revenu agricole et de ne pas céder à toutes les pratiques les plus prédatrices qui aujourd’hui sacrifient nos agriculteurs et leurs revenus », et annonçant lancer le chantier d’un futur projet de loi. Des déclarations opportunistes, en total décalage avec la position affichée par le camp présidentiel un mois plus tôt, alors que le ministre de l’agriculture dénonçait les « prix planchers » comme des « mesures démagogiques » et de la « concurrence déloyale ».

Retour à la case départ, donc, pour la macronie, qui, tout en prétendant toujours s’inquiéter du sort des agriculteurs, exclut désormais la piste des « prix planchers ». Suite au rejet de la loi par son groupe, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture, a ainsi expliqué que « la piste conduisant à des prix administrés doit être écartée » car ce n’est pas le gouvernement qui « peut déterminer le prix pour un secteur économique ».

Alors que le Rassemblement National a poursuivi, pendant la crise ouverte par la mobilisation des agriculteurs, son « opération séduction » dans le secteur, avec, notamment, la visite de Jordan Bardella au Salon de l’Agriculture dès le lendemain de la visite présidentielle, le vote du RN est lui aussi révélateur. Sur les 88 députés du groupe, 12 ont fait le déplacement jusqu’à l’hémicycle, pour s’y abstenir. Selon Grégoire de Fournas, député du groupe, le RN aurait en effet « toujours été pour des prix planchers », mais se serait refusé à voter la loi en raison de l’absence, dans le texte, de « dispositifs pour encadrer les marges », qui risqueraient de nourrir « l’inflation alimentaire ».

Dans les faits, les préoccupations du RN, loin de vouloir protéger de l’inflation alimentaire, visent surtout à ne pas remettre en cause le « marché » de l’agroalimentaire tel qu’il existe. Lors de sa visite au Salon de l’Agriculture, Jordan Bardella s’est ainsi catégoriquement opposé à la mise en place de mécanismes de contrôle des prix, et ce afin de maintenir la « compétitivité » de l’agriculture française : « Si vous mettez en place des prix planchers au niveau français, c’est une trappe à pauvreté parce que, précisément, on ira se fournir sur le marché européen. Et si vous mettez en place de manière totalement chimérique des prix planchers au niveau européen, on ira se fournir sur les marchés internationaux. » Une illustration supplémentaire que, bien loin de se préoccuper des salaires des petits agriculteurs, le RN se positionne in fine toujours en faveur du grand patronat de l’agro-alimentaire.

Entre des mesures non-contraignantes et un probable blocage du Sénat, une proposition de loi qui est avant tout un coup de com’ pour EELV

Si EELV revendique une « victoire historique » face à la macronie, et une « énorme avancée pour les agriculteurs », dans les faits, la loi fait avant tout office de coup de com’ pour le groupe écologiste et ses alliés au Parlement.
Sur la forme, la loi a toutes les chances d’être rejetée lors de son examen par le Sénat, et donc de ne jamais voir le jour. Le groupe Les Républicains, majoritaire au sein de l’institution, s’est en effet pour l’instant signalé par son absence lors des débats – aucun député du groupe n’étant hier présent au moment du vote de la loi – tandis que Laurent Wauquiez, président LR de la région Auvergne-Rhône Alpes, a déjà déclaré être opposé à la mise en place de « prix planchers ».

Sur le fond, la loi proposée par EELV est loin de mettre en place un véritable contrôle des prix au bénéfice des agricultrices et agriculteurs. Si le texte évoque la définition d’un « niveau minimal de prix d’achat » et la « rémunération des agriculteurs à hauteur de deux fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance », financées en partie par « une contribution additionnelle de dix pour cent sur les bénéfices » des géants de l’agroalimentaire et de l’industrie phytosanitaire, le projet de loi ne rend ni obligatoire, ni systématique la fixation des prix.

En effet, la loi propose la définition du prix minimal d’achat par des « conférences publiques de filière », qui ne seront organisées « qu’à la demande d’une majorité de ses producteurs ». Il sera donc nécessaire d’organiser, au préalable, la consultation de la majorité des producteurs – dont font aussi partie les géants de l’agroalimentaire – avant d’obtenir leur accord, sans qu’il ne soit non plus obligatoire d’organiser tous les ans cette consultation. Prenant en compte le contexte économique, la loi évoque la possibilité de revoir les prix tous les quatre mois, mais à nouveau sous condition : il faut qu’une première conférence publique de filière ait déjà été organisée. La loi ne propose ainsi pas une garantie, pour les agricultrices et agriculteurs, que les prix seront systématiquement revus, notamment en fonction de l’inflation.

Il ne peut pas y avoir de « prix planchers » conditionnés au bon vouloir du grand patronat de l’agro-alimentaire

Alors que l’industrie agro-alimentaire a doublé son profit brut entre 2022 et 2023, et que la grande distribution a profité de l’inflation pour encore augmenter ses marges, la dernière mobilisation des agriculteurs a mis en lumière le décalage entre industriels et grands exploitants d’un côté, et la base des agriculteurs, qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise et d’un modèle agricole fondé sur la recherche de toujours plus de profits, au détriment des producteurs eux-mêmes, qui s’enfoncent dans la précarité et l’endettement, et de l’environnement.

Alors que le gouvernement a montré hier toute son hypocrisie, que le RN cherche à se servir démagogiquement de la colère des agriculteurs, et que la gauche parlementaire ne propose pour l’instant que des déclarations et des textes de principe, les agriculteurs de petites et moyennes exploitations ont besoin d’une alternative, qui mette en cause et fasse payer les crises, qu’elles soient économiques ou écologiques, au véritable responsable : le grand patronat de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution.

Plutôt qu’un contrôle des prix sous l’égide des instances de l’État, à la demande d’une majorité de producteurs incluant les grands patrons de l’industrie agro-alimentaire et les millionnaires de la terre, un contrôle des prix par les agricultrices et agriculteurs eux-mêmes serait un premier pas essentiel pour qu’ils puissent contribuer à rationaliser la production agricole face aux enjeux climatiques, quand la baisse des prix favorise quant à elle la recherche effrénée d’augmentation des volumes de production, qui elle-même fait baisser les prix.

Pour les agriculteurs comme pour les autres travailleuses et travailleurs, nous devons exiger un revenu qui ne soit pas inférieur au SMIC, dont nous exigeons l’augmentation à 1800 euros pour tous, ainsi que 35 heures de travail hebdomadaire maximum. Ce salaire devrait être gagnée indépendamment des prix de marché, de plus en plus volatiles en raison de la mondialisation capitaliste. Nous défendons également le droit à une retraite décente pour les agriculteurs de petits et moyennes exploitation, pour les conjoints et enfants longtemps considérés comme « aides familiaux », ainsi que pour les salariés permanents et saisonniers.

Face à la crise sociale et climatique en cours, l’issue ne peut ainsi venir que d’une alliance entre les travailleurs et les agriculteurs. Une unité qui trouve un point de rencontre dans la lutte face à l’inflation, pour la hausse des salaires et le contrôle des prix, face au grand patronat et au gouvernement qui le soutien.


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