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Rentrée de la misère

Réprimer, stigmatiser, précariser la jeunesse : contre la politique de Macron, construisons la riposte !

Alors que des centaines de jeunes révoltés sont toujours en prison, le gouvernement harcèle la jeunesse des quartiers populaires avec l'interdiction de l'abaya comme une tentative de discipliner tous les jeunes qui souhaiteraient relever la tête contre sa politique et son autoritarisme. Entre répression, stigmatisation et précarisation, c’est une revanche d'ensemble contre Macron qu'il faut construire depuis les facs et les lycées.

Ariane Anemoyannis

14 septembre 2023

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Réprimer, stigmatiser, précariser la jeunesse : contre la politique de Macron, construisons la riposte !

Crédit Photo : O Phil des Contrastes 

Depuis l’annonce par Gabriel Attal le 27 août dernier de l’interdiction du port de l’abaya dans les établissements scolaires, des voix à gauche se sont élevées pour critiquer cette nouvelle politique de rentrée. À l’instar de Louis Boyard de La France Insoumise sur RMC, l’accent est mis sur la volonté gouvernementale de faire « diversion » des problématiques sociales : « On s’en fou (…) on a d’autres problèmes que les politiques islamophobes de Gabriel Attal pour masquer le fait que des gamins n’ont pas toutes les fournitures scolaires et qu’il n’y a pas assez d’enseignants devant les salles de classe ».

En réalité, l’interdiction du port de l’abaya vise précisément à permettre au gouvernement de repasser à l’offensive après une année de mobilisations sociales intenses. De fait, en s’accompagnant d’un renforcement des dispositifs sécuritaires dans et aux abords des établissements scolaires, cette mesure islamophobe sert ainsi de point d’appui à la politique de précarisation menée par l’exécutif dans un contexte de crise économique et d’inflation.

L’abaya, une attaque islamophobe à visée sécuritaire qui concerne toute la jeunesse

Comme l’exprimait Fatima Ouassak sur le plateau de BFMTV, cette mesure« c’est la manière qu’a le gouvernement de répondre aux révoltes des quartiers populaires (…). C’est une mise sous contrôle de la jeunesse pour l’étouffer davantage, que ce soit dans la rue mais aussi dans l’école ». A l’image de ces policiers devant un lycée à Avignon, ou des directives du ministère de l’intérieur à l’attention des préfets, l’interdiction du port de l’abaya s’accompagne en effet du déploiement d’effectifs policiers mais aussi des équipes « valeurs de la République » ainsi que des services de renseignement. Plusieurs dispositifs pour une seule et même politique de surveillance qui cherche donc à discipliner les secteurs de la jeunesse ayant relevé la tête contre les violences d’Etat cet été suite au meurtre de Nahel, dans la continuité des 2 000 condamnations prononcées en Justice, dont plus de 1700 à de la prison ferme.

Une problématique à prendre au sérieux depuis les universités et les lycées, alors que les jeunes de quartiers populaires sont en première ligne d’un durcissement généralisé du pouvoir contre toute opposition à sa politique. En effet, comment ne pas penser dans le même temps au travail de généralisation du Service National Universel par le gouvernement ces derniers mois, ou bien les réflexions quant à l’instauration d’un uniforme scolaire, comme autant de pistes gouvernementales pour mettre au pas une jeunesse qui dérange par sa politisation et sa radicalisation croissantes ?

Ainsi, tandis qu’une partie de la jeunesse a fait l’expérience de l’autoritarisme du gouvernement et de la dureté de l’État pendant le mouvement contre la réforme des retraites, les étudiants et lycéens doivent répliquer d’une seule voix en exigeant l’abrogation de cette nouvelle mesure profondément répressive et sécuritaire.

Dans le même temps, il s’agit d’exiger le départ de tous les effectifs policiers et de surveillance devant les établissements scolaires, et l’amnistie pour tous les jeunes révoltés que l’État cherche à broyer avec sa machine judiciaire et carcérale. C’est en ce sens que nous manifesterons le 23 septembre contre le racisme d’État et la répression de la jeunesse, en revendiquant haut et fort l’amnistie de tous les révoltés, et l’annulation de l’interdiction du port de l’abaya.

Par ailleurs, il y’a aussi urgence à exiger le droit de toutes les femmes de s’habiller comme elles le souhaitent. En effet, comme souvent dans le cadre de ce type de politique sécuritaire, les jeunes femmes musulmanes sont en première ligne. Devant les écoles, elles sont contrôlées par l’administration, interrogées sur les raisons de leurs choix vestimentaires, parfois sommées de retirer un vêtement trop long ou renvoyées chez elles. Cette politique de déshabillement forcé prend ses racines dans une tradition coloniale française, lorsque l’Etat organisait le dévoilement des femmes algériennes pour soumettre l’ensemble de la population à la domination impérialiste : « ayez les femmes, les autres suivront », comme le résumait le militant anticolonial Frantz Fanon.

Cette même logique qui animait déjà les précédentes attaques contre les femmes musulmanes sous le premier mandat de Macron – du harcèlement de celles portant le burkini aux accompagnatrices de sorties scolaires – a en réalité pour socle principal la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostentatoires. Des dispositions qui permettent en effet à l’État de viser principalement les jeunes femmes portant le foulard sous couvert de laïcité, et de justifier leur surveillance et leur stigmatisation, voire leur exclusion de l’espace public.

Dans ce cadre, le fait que La France Insoumise, par la voix de Manuel Bompard ou encore le président de la Voix Lycéenne, dénonce l’interdiction du port de l’abaya autour de l’idée qu’elle serait contraire à la loi de 2004 - qui interdisait le port du voile - puisqu’il ne s’agirait pas d’un vêtement religieux, tend à banaliser les fondements de cette offensive islamophobe. De la même manière, le secteur jeune du NPA-C publiait une vidéo de rentrée dans laquelle il est indiqué que « si le combat contre les religieux intégristes est nécessaire, cette mesure ne fait que renforcer le repli communautaire ». Une formulation floue, qui se garde de préciser ce soit-disant lien entre abaya et intégrisme religieux, ni d’expliciter quel est ce "repli communautaire" que le NPA-C perçoit comme un danger déjà existant, puisqu’il risquerait de "se renforcer". Tout en qualifiant la mesure de sexiste et islamophobe, cette réthorique confuse s’adapte au discours gouvernemental selon lequel l’abaya serait le signe d’un communautarisme islamique qu’il faudrait combattre, et donc affaiblit la lutte centrale contre l’Etat raciste et islamophobe.

A l’inverse, il s’agit d’exiger l’abolition de toutes les lois racistes et patriarcales, à commencer par celle de 2004, s’en prenant aux élèves portant le foulard à l’école. Cet objectif est non seulement un enjeu pour les jeunes femmes ciblées par la politique harcelante du gouvernement en cette rentrée, mais aussi pour celles qui ont fait l’objet des précédentes polémiques sexistes sur le crop-top et les « tenues républicaines » .

Diviser pour mieux précariser : la rentrée de la misère

Porter ce programme résolument antiraciste et féministe depuis les lieux d’étude est la condition pour pouvoir affronter un État qui use de l’autoritarisme et d’un discours réactionnaire pour diviser et passer en force ses mesures antisociales qui précarisent l’ensemble des étudiants et des jeunes travailleurs.

En cette rentrée en effet, pendant que les jeunes des quartiers populaires sont harcelés, le manque de moyens dans les écoles et lycées a des conséquences dramatiques. Par exemple, selon le SNES il manquerait un professeur dans 48% des établissements, les effectifs de personnel médical ne sont pas remplis et les classes sont surchargées. Ces manques se concentrent principalement dans les quartiers populaires, dont les familles des élèves sont déjà largement touchés par l’inflation, alors que le prix des fournitures scolaires par exemple a augmenté de 11,3%.

D’un autre côté, le coût de la vie étudiante augmente de près de 9% dont une hausse des dépenses alimentaires de plus de 15% par rapport à l’année dernière, selon le syndicat La Fage. Concernant les banques alimentaires, l’association Linkee indique que 54% des étudiants ne mangent pas à leur faim et sont contraints de sauter des repas, tandis que plus de 70% d’entre eux n’ont plus que 100 euros de reste à vivre une fois leurs charges payées. Dans le même temps, 22% des jeunes diplômés et 47% des jeunes travailleurs sans diplôme sont employés à l’aide de contrats précaires qui ne leur offrent aucune stabilité. En général, c’est un jeune sur quatre qui vit sous le seuil de pauvreté.

Contrairement à l’idée véhiculée par les médias dominants, selon laquelle la précarité étudiante serait au mieux un état passager vers la vie d’adulte, au pire un état de fait, c’est en réalité le résultat direct de la politique de précarisation des jeunes par Macron depuis six ans, entre favorisation des contrats courts payés au lance-pierre, et cadeaux au grand patronat qui augmente ses profits sur le dos de la crise économique.

Face à cela, il y’a urgence à arracher par le rapport de force l’augmentation générale des salaires, la fin des contrats courts et précaires, l’instauration d’un revenu étudiant financé par le grand patronat pour qu’aucun jeune n’ait à travailler pour financer ses études et l’augmentation des budgets dans l’éducation. Encore une fois, ces revendications concernent l’ensemble de la jeunesse et des classes populaires, comme ont pu en témoigner les pillages alimentaires pendant les révoltes pour Nahel, ou la très forte proportion de jeunes parmi les bénéficiaires des aides associatives.

Pour vivre et pas survivre : construisons un mouvement d’ensemble contre Macron et son monde !

Mais de son côté, l’intersyndicale se refuse à tout plan de bataille offensif et la CFDT se défend même de vouloir prendre quelconque « revanche contre le gouvernement ». L’appel à la date du 13 octobre est à l’image de cet état d’esprit : il n’y figure aucune mention du gouvernement, pour une nouvelle journée isolée qui se contente d’inviter aux négociations avec le patronat.

A rebours de ce retour au dialogue social, la jeunesse doit contribuer à imposer aux côtés du monde du travail un plan de bataille à la hauteur des attaques de Macron et de la colère qui s’accumule depuis plusieurs mois. Certains lycées comme Utrillo à Stains en Seine Saint Denis, où professeurs et élèves sont fortement mobilisés contre la casse des conditions de travail et l’interdiction des abayas, montrent la voie.

Contre la division du social et du politique, c’est à toutes les offensives du gouvernement qu’il faut répondre de façon unitaire, par un plan de bataille commun dans les lieux de travail et d’étude. A ce titre, les dates du 23 septembre contre les violences policières et du 13 octobre pour les salaires doivent être des points d’appui pour construire une riposte généralisée de toute la jeunesse et du mouvement ouvrier contre Macron, sa politique, et son autoritarisme !


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