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Universités

Palestine. Construire un mouvement étudiant anti-impérialiste contre le génocide et ses complices

Alors que les manifestations rassemblent de nombreux jeunes, des comités de soutien à la Palestine se mettent en place dans les lieux d’étude. Une initiative à généraliser pour que la jeunesse participe à construire un mouvement massif et radical contre le colonialisme d’Israël, l’impérialisme français et le gouvernement réactionnaire de Macron.

Ariane Anemoyannis

16 novembre 2023

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Palestine. Construire un mouvement étudiant anti-impérialiste contre le génocide et ses complices

Manifestation parisienne contre le Génocide à Gaza, 11 novembre 2023 

La jeunesse était dans la rue ce week-end et ceux d’avant pour manifester en soutien au peuple palestinien, répondant en nombre à l’appel du Collectif national pour une paix juste et durable et d’Urgence Palestine. Partout sur le territoire, ce sont à nouveau des dizaines de milliers de personnes qui ont marché contre le génocide à Gaza et la colonisation. Dans le même temps, le mouvement commence à se structurer dans les facs.

La jeunesse, acteur dynamique de la solidarité avec la Palestine en France et dans le monde

Dès la mi-octobre, les étudiant-es du master de Genre de Paris Cité ont impulsé une grève pour dénoncer la situation, tandis que sur la fac du Mirail à Toulouse s’est tenu le 18 octobre un rassemblement avec plus de 400 personnes. Plusieurs comités Palestine s’étaient alors lancés. Dans la continuité, la semaine dernière, les jeunes réunis au sein du collectif inter-organisations Urgence Palestine ont lancé un appel national à la mobilisation étudiante, insistant sur la nécessité « de nous lever ensemble, de crier ensemble, d’agir ensemble pour arrêter la catastrophe à Gaza, et contribuer à imposer la justice et à la liberté pour le peuple palestinien ».

Des comités de soutien se sont ainsi tenus ces derniers jours à l’EHESS, Paris 1, Paris 8, Paris 3, Paris Cité, Toulouse Jean-Jaurès, Montpellier Paul Valéry, Bordeaux Montaigne et Bordeaux Victoire, ainsi qu’à l’université de Metz. A chaque fois, ils ont réuni des dizaines, et jusqu’à plus d’une centaine, d’étudiants et quelques enseignants autour de l’enjeu de mettre fin au génocide à Gaza mais aussi à la colonisation. Tout en faisant vivre la solidarité nécessaire avec le peuple palestinien, ces comités ont vocation à faire naitre un véritable mouvement étudiant capable de s’affronter à l’impérialisme français complice du génocide en cours.

Cette semaine, les étudiants de Science Po Paris ont ainsi organisé un rassemblement et « die in » pour dénoncer les milliers de morts dans la bande de Gaza tandis qu’à Toulouse une action symbolique devant Carrefour a été mise en place par le comité de soutien de la ville. A Bordeaux, les étudiants mobilisés de la fac de la Victoire ont projeté un documentaire d’Alexandra Dols, « Derrière les fronts : résistances et résiliences en Palestine », sur les conséquences psychologiques de l’apartheid israélien. A l’EHESS et Paris Cité, des banderoles arborant le drapeau palestinien ont été déployées, comme un pied de nez à la criminalisation du soutien à la Palestine dans l’enseignement supérieur.

Ces comités et démonstrations de soutiens depuis les facs sont des points d’appui importants pour construire un mouvement étudiant fort dans les universités. Face au massacre en cours, nous avons besoin d’un mouvement étudiant de centaines de milliers de jeunes. A l’international les jeunes participent déjà en masse aux immenses manifestations de soutien et incarnent la pointe avancée du mouvement de solidarité en construisant la lutte depuis leurs universités. Des assemblées générales ont lieu dans les facs en Espagne et en Allemagne, réunissant plusieurs centaines de personnes. Aux Etats-Unis, le mouvement ébranle jusqu’aux écoles d’élite telles Harvard et NYU, où des débrayages et actions coups de poing sont organisées malgré la répression menées par les directions d’établissement avec le soutien actif de groupes sionistes. La semaine dernière, une journée de lutte a été organisée le 9 novembre à travers le pays, avec des occupations de départements d’universités et l’envahissement du siège du New York Times..

En prenant exemple sur les étudiants à l’international et dans le sens de l’appel d’Urgence Palestine à nationaliser les comités, il est central d’élargir les Comités Palestine, de les étendre à toutes les facs de France et de faire de nos universités des places fortes du soutien à la Palestine. Ces Comités devraient commencer à se rendre visible dans les manifestations, et être des points d’appui pour un élargissement de la solidarité en direction du mouvement ouvrier. Ce mercredi, l’Assemblée générale des jeunes pour la Palestine en Ile de France a été un premier pas en ce sens, réunissant plus de 350 étudiants et lycéens pour coordonner et multiplier les comités sur les lieux d’étude. Alors que des premiers lycées ont été bloqués ce jeudi à Paris, la constitution d’un cortège inter-facs et inter-lycées a été voté lors de l’AG afin de faire exister dans la rue la force de frappe de la jeunesse mobilisée.

La lutte du peuple palestinien doit être une lutte de toute la jeunesse

Tous ces éléments soulignent combien la situation dramatique en Palestine pourrait être le levier d’un réveil international de la jeunesse, quelques années après que le racisme d’État ou l’écologie aient donné lieu à des mobilisations partout dans le monde. Devant 70 000 personnes réunies à Amsterdam lors d’une marche pour le climat, la figure du mouvement Youth For Climate Greta Thunberg a expliqué ce 12 novembre : « en tant que mouvement pour la justice climatique, nous devons écouter les voix de ceux qui sont opprimés et de ceux qui luttent pour la liberté et la justice ». Une perspective qui dessine la possibilité d’une convergence entre la jeunesse qui a pris part à différents combats ces dernières années et la cause palestinienne.

En France, celle-ci s’exprime déjà en germe dans la composition des manifestations, où se côtoient différents secteurs de jeunes radicalisés contre Macron. De nombreux témoignages soulignent la présence de larges secteurs de la jeunesse. « Je suis d’origine palestinienne, mon grand-père a vécu la Nakba et ma famille vit dans des camps de réfugiés au Liban. C’est une nécessité de se mobiliser depuis la France » explique par exemple Irina, étudiante à Paris 8 à la sortie de l’AG interfacs de région parisienne ce mercredi. Présent Place de la République le 2 novembre lors d’un rassemblement contre le génocide, un étudiant en école d’ingénieur à Lyon racontait dans le même sens à Révolution Permanente avoir senti « l’importance d’être là compte tenu de la situation à Gaza », malgré le fait de n’avoir « jamais manifesté de [sa] vie ». Un attrait qui s’est également exprimé le 11 novembre avec le premier cortège étudiant qui a défilé dans les rues de Paris derrière une banderole du comité de l’université de Paris 8 (Saint-Denis). A quelques centaines de mètres de là, de très nombreux jeunes scandaient « Nous sommes toutes des Palestiniennes » dans un cortège féministe et LGBT.

Une convergence des colères dans la jeunesse qui a participé à terrifier le gouvernement et à justifier les interdictions lors des premières semaines du mouvement. Comme l’indiquent les motivations de nombreux arrêtés préfectoraux d’interdiction, la répression a en effet largement était motivée par la crainte d’une mobilisation des quartiers populaires. Dans le même temps, les universités ont été particulièrement visées par les mesures répressives du gouvernement. Encore actuellement, dans la plupart des universités les réunions sur la Palestine sont considérées comme « un risque de trouble à l’ordre public » et sont interdites à ce titre, tandis que les facs les plus répressives interdisent toute possibilité de diffusion de tracts.

Une peur face à laquelle il faut amplifier et généraliser la convergence des colères. Par sa massivité et son explosivité, la jeunesse peut être un élément déterminant pour l’évolution du mouvement et le rapport de forces, comme elle l’a montré à de nombreuses reprises dans l’histoire du pays. En outre, la mobilisation d’une jeunesse antiraciste, LGBT ou écolo est un outil central pour démonter le discours construit par Israël pour justifier sa politique coloniale, à coup de pinkwashing, de diabolisation des Palestiniens, etc…

La cause palestinienne pourrait en même temps être le point de départ d’un mouvement plus large contre le régime autoritaire et réactionnaire de Macron, qui précarise la jeunesse et détruit son avenir, mais également contre l’impérialisme occidental qui soutient Israël, opprime les peuples et pille les ressources. Alors que les attaques pleuvent contre tous les secteurs de la population qui relèvent la tête, s’affronter au gouvernement français devrait également permettre d’exiger l’abrogation de toutes les lois racistes et sécuritaires qui permettent de réprimer les secteurs solidaires du peuple palestinien et de faciliter la dissolution des organisations de gauche. Sur ce point, le vote par l’AG interfacs de région parisienne d’intégrer à la mobilisation étudiante la revendication de l’abrogation de la loi immigration qui cible les personnes sans-papiers pour faciliter leur exploitation par le patronat puis leur expulsion du territoire, va dans le sens de construire un mouvement anti-impérialiste et contre un gouvernement réactionnaire.

La nécessité d’un mouvement étudiant contre le colonialisme d’Israël, l’impérialisme français et le gouvernement réactionnaire de Macron

Alors que le massacre se poursuit, il faut continuer à structurer le mouvement au-delà des manifestations et d’œuvrer à son élargissement. Une perspective qui implique d’ancrer la lutte à la base et de penser les moyens de durcir le rapport de forces. De nombreuses organisations qui s’opposent à la politique de l’Etat d’Israël défendent des stratégies de pressions sur les institutions.

Le 7 octobre dernier, Jean Luc Mélenchon tweetait en ce sens « Le cessez le feu doit s’imposer. La France doit y travailler de toutes ses forces, politique et diplomatique ». De son côté, l’Association France Palestine Solidarité invitait sur son site le 24 octobre à l’interpellation des députés et sénateurs français : « Ils doivent intervenir d’urgence auprès du président de la République et du gouvernement français pour qu’ils agissent fermement pour un cessez-le-feu immédiat ». Or, ces stratégies ont montré toutes leurs limites après des décennies où Israël a poursuivi la colonisation en dépit des résolutions de l’ONU et du droit international.

Les puissances impérialistes, quels que soient leurs discours à un instant T, ont prouvé qu’elles étaient en dernière instance toujours du côté de l’État colonial. Encore récemment, les alliés français et étatsuniens d’Israël, siégeant comme membres permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et disposant à ce titre du droit de véto, l’ont utilisé pour refuser le vote d’une résolution exigeant un cessez-le-feu à Gaza.

Face à cette situation, l’enjeu ne peut pas être de faire pression sur un gouvernement qui détient dans ses prisons le plus vieux prisonnier politique de France pour son engagement aux côtés du peuple palestinien, interdit et réprime les manifestations en soutien à la Palestine. Il y a une nécessité pour le mouvement étudiant français et pour les comités de soutien à la Palestine de construire une lutte anti-impérialiste, qui dénonce le rôle de l’Etat français impérialiste et lutte contre l’arrêt de l’envoi d’armes en Israël.

Ils ne comprennent que le rapport de forces du mouvement de masse et du blocage de l’économie. Dans différents pays, le mouvement ouvrier a déjà fait plusieurs démonstrations de solidarité aux côtés de la jeunesse en bloquant des navires de guerres transportant du matériel militaire en direction d’Israël. Ce type d’actions doit nous inspirer en France. Quelques mois après la grande grève contre la réforme des retraites, nous connaissons la force de frappe des travailleurs et étudiants unis pour bloquer le pays. C’est en ce sens que le comité Paris 1, réuni vendredi 10 novembre, appelle dans son communiqué à une mobilisation « qui pourra passer par différents moyens de lutte, comme les manifestations, les grèves, les blocus, et le boycott des entreprises soutiens d’Israël ».

Massifier et structurer la mobilisation par en bas, organiser des actions depuis les universités et les lieux de travail, est la condition sine qua none pour construire le rapport de force capable de porter un coup à l’impérialisme français complice des massacres en cours. Mais c’est aussi se donner les moyens d’un combat plus global contre l’apartheid et la colonisation, pour en finir avec la situation coloniale en Palestine qui permet à l’État d’Israël de tuer plus de dix milles Palestinien-nes ces vingt dernières années et de détenir des milliers de prisonniers politiques – dont des enfants.

A Révolution Permanente et au Poing Levé, nous sommes persuadés qu’une telle lutte devra être portée par un mouvement de masse en France, mais aussi dans les pays arabes et en Palestine, qui sont la clé d’une lutte pour une Palestine libre, qui ne pourra aboutir que dans le cadre d’une mobilisation révolutionnaire, pour construire une Palestine ouvrière et socialiste, où Arabes et Juifs puissent vivre ensemble.


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