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Génocide à Gaza

Palestine. Après la fin de la phase « intensive », Israël compte poursuivre son génocide

Loin d'annoncer la fin du génocide à Gaza, l’annonce par les autorités israéliennes de la fin de la phase « intensive » de la guerre pointe plutôt leur volonté de poursuivre l’offensive dans la durée, en se préparant également à une possible régionalisation du conflit.

Raji Samuthiram

17 janvier

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Palestine. Après la fin de la phase « intensive », Israël compte poursuivre son génocide

Crédit photo : Wafa / Wikimedia Commons

Depuis le début de l’année, les autorités israéliennes évoquent une nouvelle phase, plus « ciblée  » et moins «  intensive  » de son offensive génocidaire à Gaza. Des déclarations qui sont loin d’annoncer la fin de l’opération, alors que le bilan en termes de morts, de blessés, de malades, et de déplacés s’alourdit heure en heure, n’épargnant aucun recoin du territoire.

Loin de la fin, le gouvernement israélien annonce une nouvelle phase de destruction

«  Nous allons continuer la guerre jusqu’à la fin, jusqu’à la victoire complète, jusqu’à ce que la totalité de nos objectifs soient atteints : éliminer le Hamas, obtenir le retour de tous les otages, et faire en sorte que Gaza ne puisse absolument jamais représenter une menace pour Israël.  » Les déclarations du premier ministre Benjamin Netanyahou, le samedi 13 janvier, laisse peu de doutes quant aux objectifs de Tsahal qui, depuis le début de l’offensive, cherche à punir collectivement les Gazaouis, par une véritable politique génocidaire, suite à l’attaque surprise mené par le Hamas le 7 octobre. En 2024, cette offensive entre dans une nouvelle phase de destruction sur le long terme. En effet, le gouvernement israélien se prépare à poursuivre son offensive à Gaza durant l’année qui s’ouvre, mais aussi à faire face à une potentielle escalade régionale, notamment à sa frontière nord avec le Liban où est basé le Hezbollah. La crainte d’un embrasement régional, qui reste peu désirable, aussi bien du point de vue des dirigeants du Hezbollah que des alliés occidentaux d’Israël, demeure une perspective potentielle. En ce sens, les frappes menées par les États-Unis et le Royaume-Uni au Yémen, en réponse au blocage de la mer Rouge par les Houthis, renforce encore leur implication militaire et ravive le spectre d’une régionalisation du conflit.

Mardi, le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant affirmait que l’étape «  intensive  » des combats dans le sud de Gaza «  se terminera bientôt  » tandis que «  dans le nord de Gaza, cette phase touche à sa fin  ». A l’heure actuelle, une des quatre divisions actives de l’armée israélienne s’est retirée de Gaza. Les trois autres restent localisées dans le nord, le centre, et le sud. Avec son annonce, Gallant confirme l’intention de Tsahal de reproduire au sud de la bande de Gaza ce qu’ils ont fait dans le nord, c’est-à-dire réduire des villes et quartiers entiers quasiment à néant.

En effet, depuis cette annonce, l’armée continue de pilonner le sud de la bande de Gaza, visant le quartier autour de l’hôpital Nasser de Khan Younès, l’un des derniers hôpitaux fonctionnels de Gaza. Mercredi matin, de nombreux réfugiés ont fuit l’hôpital, sans grand espoir de trouver le moindre recoin à l’abri des bombes et des tirs de l’armée israélienne qui perdurent maintenant depuis plus de 100 jours.

S’il y a donc un ralentissement prévu, il ne signifie pas la fin du conflit, mais bien sa poursuite, à l’heure où le bilan de cette phase «  intensive  » est le plus lourd de tous les conflits majeurs du siècle, dépassant aujourd’hui les 24 100 morts (soit 1% de la population) et 61 000 blessés à Gaza — sans compter les milliers d’autres disparus dans les décombres, et les victimes d’attaques des militaires et des colons en Cisjordanie. Gallant a également annoncé vouloir couper l’accès aux routes menant à Rafah, à la frontière avec l’Égypte, entamant ainsi une nouvelle phase dans l’incursion terrestre. Il s’agit des routes qu’empruntent les Gazaouis pour rejoindre Rafah, dans l’espoir de parvenir à passer la frontière avec l’Egyspte, ou au moins de se rapprocher de l’aide humanitaire qui y entre. Dans une analyse, Le Mondepense qu’Israël ne se rapprochera pas forcément de son objectif affiché de l’anéantissement du Hamas avec ces offensives, pointant que, dès le début de son entrée à Gaza, «  l’armée israélienne avait conscience de s’exposer à une série de pièges . » Entre autres, les ruines colossales résultant des bombardements pourraient rendre le terrain plus propices à l’établissement d’une «  guérilla des ruines  ». D’autant plus qu’il est difficile d’estimer à quel point le réseau de tunnels, très dangereux pour les forces israéliennes et où se trouvent sans doute les otages, a été réellement touché. Le bilan des troupes israéliennes — 188 soldats tués depuis le début — est le plus lourd pour Israël dans son histoire récente, dépassant les 119 morts israéliens dans l’incursion au Sud-Liban en 2006. L’issue militaire reste donc difficile à prédire.

Famine, maladie, torture : Israël continue d’organiser la mort des palestiniens par tous les moyens

A l’heure où Tsahal intensifie les bombardements dans le sud, le 12 janvier, Israël a coupé les communications et les services Internet à Gaza pour la septième fois depuis le 7 octobre, plongeantà nouveaules habitants dans l’incertitude et le chaos alors que les bombardements continuent. «  La communication avec nos équipes à Gaza a été complètement coupée  », a averti le Croissant-Rouge palestinien, qui alerte depuis des mois que les coupures de communication en plus du manque de carburant, restreint par Israël, empêche les secouristes de retrouver les victimes. A l’heure actuelle, cette coupure dure encore, ce qui en fait la plus longue depuis le début de l’offensive.

Cela fait des mois maintenant que les organisations alertent sur la famine de masse à Gaza, orchestrée de près par Israël qui laisse rentrer au compte-goutte toute aide médicale et alimentaire. L’ONU rappelle que la population entière de Gaza a faim, avec un quart de la population en risque de famine imminente. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, 80% des personnes qui risquent la famine sont à Gaza.

Mardi, un nouvel accord sur l’aide humanitaire entre le Hamas et Israël, pour faire parvenir des médicaments aux otages du Hamas, a été salué par Emmanuel Macron. L’arrangement ne répondra pas à l’immense souffrance de Gazaouis affamés, privés des ressources de première nécessité comme l’eau et la nourriture, et accablés en plus par les maladies qui flambent partout, avec un système de santé totalement dévasté par les pénuries et les tirs de Tsahal. Selon UNICEF, les cas de diarrhée ont augmenté de 2000% depuis le 7 octobre, et la plupart des familles sont en situation de pauvreté alimentaire sévère. Les médicaments sont introuvables, et il n’y a aucun hôpital fonctionnel dans le nord de Gaza. «  Nous vivons dans un état de grande anxiété à cause des bombardements constants, parce qu’on manque de tout, et à cause des problèmes de santé de mon frère  », témoigne Salem Barbarkh auprès de Electronic Intifada. «  L’eau est très salée… Tous les jours, je me rend dans des refuges différents pour trouver des bouteilles d’eau propre.  »

Dans sa quête génocidaire, l’armée israélienne s’obstine non seulement à bombarder tout Gaza et organiser la pénurie en restreignant l’entrée des convois et en visant les organisations humanitaires, mais aussi à tuer sans discrimination ceux qui tentent de recevoir de l’aide : Euro-Med Monitor rapporte que le 11 janvier, selon plusieurs témoins, des drones israéliens ont tué cinquante Palestiniens à côté d’un camion de l’ONU distribuant de la farine dans l’ouest de la ville de Gaza.
A la crise humanitaire dramatique se rajoute les nombreux récits de torture et d’exécutions rapportés par de nombreux Gazaouis et parfois filmées par les soldats de Tsahal eux-mêmes. Des dizaines de vidéos révèlent des pratiques d’arrestation humiliantes systématiques de l’armée : les soldats assiègent un bloc d’habitations et crient les noms des familles. Les hommes et garçons — de 12 à 70 ans — sont arrêtés et déshabillés, tandis que les femmes et les autres enfants sont séparés. Les femmes doivent parfois enlever leurs voiles, ou parfois sont aussi arrêtés.

«  Certains ont rapporté qu’ils avaient entendu des coups de feu et que des gens qui les accompagnaient n’ont pas reparu. Nous faisons l’hypothèse que beaucoup ont été tués lors d’exécutions extrajudiciaires. Nous n’avons pas de vidéos ou de témoins directs, mais des cadavres ont été retrouvés, nus, le corps criblé de balles  », a déclaré Raji Sourani, le directeur du Palestinian Centre for Human Rights, au Monde. Des récits également rapportés par le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme de l’ONU dès décembre.

Certains ont été frappés et menacés de mort, d’autres ont été transférés dans des camps en Israël. Un avocat, Ayman Lubbad, a livré son témoignage au Monde : «  De 5 heures du matin à minuit, tu dois rester à genoux. Si tu bouges et qu’ils te voient, tu es puni. Ils te forcent à rester debout contre un grillage, les bras levés pendant deux à trois heures.  »

C’est par cette torture, ces bombardements, et d’autres barbaries qu’Israël entend poursuivre son offensive génocidaire à Gaza. Une opération meurtrière qui dure maintenant depuis plus de 100 jours, avec le plein appui des puissances impérialistes.


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