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Edito

Ni dialogue, ni conférence sociale : le 13 octobre, manifestons pour exiger une autre stratégie

Le 13 octobre, les directions syndicales appellent à une journée de mobilisation nationale pour nos salaires. Une journée de mobilisation qu’il faudra investir massivement, mais pour poser l’exigence d’une autre orientation, à commencer par l’urgence de rompre avec le « dialogue social » et la nécessité d’un plan de bataille à la hauteur des attaques en cours contre le monde du travail.

Nathan Deas

6 octobre 2023

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Ni dialogue, ni conférence sociale : le 13 octobre, manifestons pour exiger une autre stratégie

Crédit photo : O phil des contrastes

Après août, septembre et octobre. En cette rentrée, l’inflation s’est installée comme l’un des sujets majeurs de préoccupation pour les travailleurs et travailleuses. De fait, la hausse des prix alimentaires culmine à plus de 21% sur deux ans et devrait ne pas avoir fini de grimper. Le carburant, lui, frôle les deux euros le litre. Ceux qui se sont ruinés pour acheter un logement voient leur taxe foncière grimper quand la hausse des taux d’intérêts imposée par les banques centrales interdit tout achat de logement et de voiture et met en faillite nombre de petites entreprises. Chaque passage au supermarché, chaque plein à la pompe, jusqu’à la moindre facture sont devenus causes de souffrance.

Face au patronat et à un gouvernement à l’offensive contre nos conditions de vie, l’urgence de passer à l’offensive

La machine capitaliste se grippe et le gouvernement en rajoute. Pour 2024, il a préparé un nouveau budget frappé du sceau de l’austérité, avec la suppression d’aides à la consommation qui permettaient déjà à peine de survivre face à l’inflation. Avec « France Travail », il s’apprête à valider le 10 octobre prochain une nouvelle offensive d’ampleur contre les travailleurs sans emploi en conditionnant le versement du RSA à 15 heures d’activités hebdomadaires. Une façon de forcer les plus précaires et les chômeurs à accepter n’importe quel emploi pour survivre et de pousser les salaires à la baisse sur fond d’un marché du travail toujours plus concurrentiel.

Or, justement ce sont les salaires qui sont au cœur des enjeux de la situation actuelle. Les mensonges répétés en boucle par le gouvernement à propos d’une augmentation moyenne de 5% ne prennent pas en compte les pertes de salaires réelles subies par les travailleurs les années précédentes, une manière de passer à la trappe l’effet cumulatif de l’inflation. Une tentative également de masquer que les grands patrons (de l’alimentaire aux industriels en passant par la grande distribution) s’octroient des marges extraordinaires à chaque étape de la chaîne de valeur et à qu’à son terme, ce sont les classes populaires qui trinquent.

En résumé, les raisons de se mobiliser ne manquent pas. Il y a même urgence en réalité à imposer un rapport de force pour inverser la marche mortifère du patronat et du gouvernement contre nos conditions de vie. Dans ce contexte, le 13 octobre prochain, les huit organisations qui cherchent à prolonger l’intersyndicale constituée pendant le mouvement contre les retraites, appellent à « une journée de mobilisations et de manifestations contre l’austérité et pour l’augmentation des salaires, des pensions et l’égalité femme-homme ». Une journée qu’il faudra investir, pour montrer, quelques mois après la mobilisation historique des retraites que la colère reste importante dans tout le pays.

Une journée sans lendemain et sans appel clair à la grève au profit du « dialogue social »

Difficile pour autant de ne pas constater que l’appel se fait tardif, plus d’un mois après la rentrée sociale, et surtout très timide. Quant à savoir s’il contribuera à mobiliser largement les travailleurs et les travailleuses, force est de noter également que les perspectives que se fixe l’intersyndicale sont une impasse. Dans un premier communiqué commun publié fin août, les huit organisations syndicales se refusaient à appeler à la « grève ». Dans un communiqué plus récent, auquel se sont ajoutées les organisations de jeunesse, le mot « grève » fait son apparition mais sans appel clair en ce sens. La direction confédérale de la CFDT, de son côté, avait assuré qu’elle n’appellerait pas à arrêter le travail, elle n’a pas changé de braquet.

Une attitude loin d’être étrangère à l’importance centrale accordée au dialogue social par l’ensemble des directions syndicales depuis la rentrée, débutée par des rencontres bilatérales fin août entre Macron, Sophie Binet et Marylise Léon et confortée par la confirmation fin septembre de la participation de la CGT et de la CFDT à la « conférence sociale » de Macron sur les bas salaires. Aussi, la journée du 13 octobre est pensée sans lendemain, sans lien avec la construction d’un véritable rapport de force et s’inscrit dans une stratégie de « pression institutionnelle » sur le gouvernement et le patronat dans le contexte « des négociations […] en cours » et « à quelques jours de la Conférence sociale » dixit le communiqué de l’intersyndicale.

« La journée du 13 octobre, aura donc lieu autour de cette conférence sociale, elle sera donc un levier, pour mettre l’exécutif sous pression, de telle sorte qu’on ne se contente pas d’effets d’annonce mais qu’on ait de vrais changements pour les salariés » confirme Sophie Binet début octobre. Une façon de renvoyer la lutte pour les salaires à des négociations entreprise par entreprise (dans le cadre des NAO) et d’aligner son calendrier sur celui du gouvernement, à l’instar de la stratégie défendue pendant les 4 mois de la bataille des retraites. Aussi, après une mobilisation du 23 septembre contre les violences policières et l’autoritarisme d’Etat pour laquelle les directions syndicales ont peu cherché à mobiliser, la date du 13 octobre est un véritable symbole du manque de détermination.

Les ambitions du gouvernement à propos de sa conférence sociale sont pourtant très claires : il s’agira de discuter de la réévaluation des minimas de branche qui, à cause du patronat, n’ont pas suivi les maigres augmentations du SMIC, partiellement indexé sur l’augmentation … et de pas grand-chose d’autre. Quant aux patrons qui se livrent une lutte sans merci pour augmenter leurs profits et faire payer aux travailleurs le coût de l’inflation, ils n’accorderont aucune augmentation sérieuse sans y être contraints par un puissant mouvement collectif. Aussi, à rebours de cette orientation, il y a urgence à rompre avec le « dialogue social ». Celui-ci en effet a toujours agi comme un palliatif à la lutte et désarmé les travailleurs tout en ne cessant pas de démontrer ces dernières années -et à nouveau cette semaine dans le cadre des négociations des retraites complémentaires qui ont acté pour 2024 une baisse des pensions réelles- qu’il n’était qu’une courroie de transmission des contres réformes sociales et un moyen de protéger les profits du patronat.

Faire des salaires une lutte de l’ensemble de notre classe

Face à l’acharnement du patronat et du gouvernement ces dernières années, le manque de perspectives portées par l’intersyndicale ne peut qu’alimenter un repli sur des mobilisations ou des négociations locales. Une logique impuissante pour construire un rapport de forces et arracher de réelles augmentations de salaires. A l’inverse, il y a urgence à ce que la question salariale devienne l’objet d’une lutte plus générale de notre classe.

Les directions syndicales confédérales auraient un rôle central à jouer sur ce terrain comme le notait Vincent Duse, militant CGT et Révolution Permanente, dans nos colonnes à propos de la vague de grève actuelle aux Etats-Unis : « Une des premières démonstrations de force de la grève des « Big Three », c’est bien la force de l’union entre des salariés de différentes entreprises : si cela peut paraître évident, la réalité du monde syndical fait qu’aujourd’hui, sauf sur des réformes gouvernementales comme la réforme des retraites, l’unité dans l’action entre différentes entreprise est absente des habitudes syndicales françaises. […] Les métallurgistes américains montrent l’alternative : l’unité, dans un seul et même mouvement de grève, de tous les salariés d’une branche pour les mêmes revendications. Un exemple et un rappel qu’il faut arrêter de lutter seulement dans le cadre des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) ».

Dans cette perspective, quelles que soient ses limites, la journée du 13 octobre doit être investie le plus largement possible avec nos revendications et dans l’optique d’imposer un autre plan de bataille à la base. Certains secteurs du monde du travail montrent déjà la voie, à l’image des conducteurs de bus de Keolis, en grève depuis 26 jours, et des travailleurs du nettoyage d’Onet à Montpelier, en lutte depuis 24 jours pour leurs salaires. Alors que les faiblesses du gouvernement sont réelles, entre difficultés croissantes à l’international et notamment dans son pré-carré africain et difficultés sur le terrain national que le retour des 49-3 au Parlement peine à camoufler, la crise politique et sociale pourraient ouvrir de nouvelles brèches pour le mouvement de masse, quelques mois après la mobilisation historique des retraites.

La journée de mobilisation du 13 octobre doit être l’occasion de poser ces enjeux. C’est à cette condition que nous pourrons arracher des augmentations de salaires, à commencer par une augmentation d’au moins 400 euros étendue aux bourses et aux pensions, un salaire minimum de 2000 euros ainsi que leur indexation sur l’inflation. Mais précisément parce qu’obtenir de réelles augmentations sur les salaires, c’est rogner sur les profits des patrons, aucune « négociation » ou stratégie de « pression institutionnelle » n’est en mesure de les arracher. Raison pour laquelle enfin, il y a urgence dès le 13 octobre à imposer une autre orientation !


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Nathan Deas

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