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Gestion coloniale

Mayotte : sept mois après Wuambushu, Borne réaffirme l’offensive sécuritaire

Elisabeth Borne est arrivée à Mayotte ce vendredi. Entre annonce d’investissement dans les services hospitaliers et restructuration du parc immobilier, le gouvernement passe une couche de vernis social sur une situation dramatique, illustré, entre autres, par la pénurie d’eau créant une crise sanitaire accentuée par une offensive sécuritaire importante.

Karl Nara

8 décembre 2023

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Mayotte : sept mois après Wuambushu, Borne réaffirme l'offensive sécuritaire

Crédit photo : Service photographique de Matignon

Ce vendredi matin, Élisabeth Borne est arrivée à Mayotte. C’est la première fois depuis 2015, qu’une cheffe de gouvernement se déplace sur l’île. Une visite effectuée dans le cadre de la profonde crise sanitaire et sociale que traverse l’île. Couplée à une casse sévère du service public, la cheffe du gouvernement s’est déplacée pour faire des annonces. La création d’une deuxième usine de dessalement, un plan de rénovation de l’hôpital de 242 millions d’euros ainsi qu’un volet sécuritaire plus important avec la création de deux nouvelles brigades de gendarmerie. 

Un vernis social pour cacher la misère

Cela fait maintenant plusieurs mois que Mayotte souffre d’une pénurie d’eau importante. Une situation malheureusement habituelle sur l’île, mais qui s’accentue fortement cette année. Cette crise de l’eau fait surgir un creuset social particulièrement important. En octobre dernier, le média Blast enquêtait sur cette pénurie. Tandis qu’une élite pouvait surmonter ces crises en achetant sur le marché noir, le reste de la population, dont un tiers n’a pas accès à l’eau potable, devait se débrouiller en buvant de l’eau souvent non-potable. Face à cette pénurie, le gouvernement a fait livrer sur l’île de l’eau en bouteille. Une eau vendue en magasin à 1.40 euro, soit dix fois plus chère qu’en métropole. 

Le cache-misère du gouvernement ne s’arrête pas là. Borne a ainsi annoncé la construction d’un deuxième hôpital et une modernisation de 242 millions d’euros de l’actuel hôpital de l’île. Ce n’est pas la première fois que des annonces de restructuration des services publics sont annoncées, mais à chaque fois, rien ne change. Sous ce vernis social, le gouvernement cache en réalité une situation de pauvreté structurelle sur l’île où 77 % de la population vit sous le seuil de pauvretés, des écoles sont fermés par manque d’eau, des agriculteurs alertent sur une possible pénurie alimentaire…

La première ministre était aussi venue pour justifier la politique d’expulsions des personnes de leur logement, par le gouvernement. Sous couvert de lutte contre l’insalubrité, l’expulsion des familles les plus pauvres, dans un contexte de crise sanitaire et sociale, ne fait qu’aggraver la situation sur l’île. En justifiant ces expulsions par la mise en place de « projets de logements ambitieux », il n’est pas difficile d’imaginer qu’une partie des personnes expulsés n’aura pas accès à ces nouveaux logements. Cette politique permet aussi de justifier l’expulsion systématique des migrants étrangers. 

Mayotte, laboratoire du gouvernement sur la lutte contre l’immigration… avec l’appui de l’intersyndical

Au bout du compte, et systématiquement, les plus gros investissements de l’Etat se font dans la sécurité. Deux nouvelles brigades de gendarmerie en 2024, 400 nouvelles places de prisons, une surveillance des zones maritimes accrue. En réalité, la première ministre est venue pour réaffirmer la politique sécuritaire et répressive du gouvernement à Mayotte après l’échec de l’opération Wuambushu. [Elisabeth Borne parlant même d’opération « Shikandra 2 », qui viendrait donc renforcer la politique anti-migratoire du gouvernement dans les îles. Objectifs initiaux de la première opération Shikranda mise en place en 2019

Et le gouvernement peut compter sur l’intersyndicale pour justifier et continuer sa politique répressive et xénophobe. En effet, les demandes de l’intersyndicale se résument ainsi : instauration de l’ordre public et contrôle aux frontières. Une position particulièrement scandaleuse alors qu’il est clair que Mayotte est un véritable laboratoire des politiques anti-immigrations du gouvernement. De l’AME inexistante sur l’île, à l’expulsion systématique des étrangers, il ne fait aucun doute que l’État s’entraîne à ce qu’il va pouvoir faire en métropole grâce à la future loi immigration de Gérald Darmanin.

Une hypocrisie et des politiques xénophobes et sécuritaires qui cachent bien mal l’ampleur delà crise sociale à Mayotte. Dans ce contexte, la première ministre a donc était accueillit par les huer de la population mahoraise.

Des mobilisations qui durent depuis maintenant plusieurs mois et qui cherchent à s’élargir. Mais pour se faire et comme nous l’écrivions déjà il y a deux mois  : «  Pour être victorieuse, elles doivent combattre le discours de division véhiculé par des collectifs d’extrême-droite qui appellent à la mobilisation pour l’accès à l’eau, en visant les populations d’origine étrangère, et particulièrement les comoriens ».

Cette division de la population fait le bonheur de l’Etat français. Or, pour que ces mobilisations puissent gagner, elles doivent être dirigées contre les premiers responsables de la crise : l’État français et le gouvernement. En ce sens, c’est la construction d’une mobilisation qui unit l’ensemble de la population, à l’encontre de l’impérialisme français et sa gestion coloniale de l’île qui permettra d’obtenir des moyens massifs pour les services publics et un véritable plan de lutte contre le mal-logement et que l’ensemble de la population de l’île puisse vivre de manière décente en ayant, de manière urgente un accès gratuit à l’eau potable. 


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