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Casse sociale

Liquidation judiciaire de MA France : 400 familles au chômage malgré les profits records de Stellantis

Au terme d’une procédure express, la justice a prononcé la liquidation judiciaire de MA France, conduisant au licenciement de 280 ouvriers et 120 intérimaires de l'entreprise automobile, sous-traitante de Stellantis. Une décision scandaleuse alors que Stellantis a réalisé un chiffre d’affaires net de 189,5 milliards en 2023.

Noah Rapa

14 mai

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Liquidation judiciaire de MA France : 400 familles au chômage malgré les profits records de Stellantis

« Je n’ai jamais vu ça de ma vie : 400 familles licenciées du jour au lendemain. Ils déclenchent la guerre avec vous ». Et pour cause, en grève depuis le 17 avril, les travailleurs de MA France ont appris par la presse, ce lundi 13 mai, au terme d’une procédure express, que la justice avait tranché en faveur d’une liquidation judiciaire, conduisant au licenciement de 280 travailleurs et de quelques 120 intérimaires de l’usine. Une décision scandaleuse, comme le souligne Houari, salarié de l’usine, car « les finances du groupe se portent très bien, il n’y a aucune raison valable selon nous pour que la justice prononce cette liquidation. »

D’après l’arrêt de justice rendu le 6 mai dernier, le « manque de rentabilité » de la société, serait au cœur de la décision conduisant à la liquidation judiciaire de l’usine. Pour les juges, malgré « un soutien financier important » de Stellantis, la « marge » générée par MA France serait insuffisante. En outre, depuis 2019, « les pertes cumulées » de cette dernière s’élèveraient à 41 millions d’euros. Pourtant, dans le même temps Stellantis a refusé le 31 mars 2024, de reporter une échéance de 15 millions d’euros, conduisant MA France à se déclarer en cessation de paiement depuis cette date.

En d’autres termes, depuis plus de 5 ans Stellantis et MA France afficheraient, de leur point de vue, « de mauvais résultats économiques », les conduisant à recourir à des licenciements d’ouvriers, plongeant de nombreuses familles dans des situations de précarité importantes. Pourtant, Stellantis enregistre des bénéfices record ces dernières années. Comme le rappelle la CGT MA France dans un communiqué publié le 26 avril dernier, l’entreprise et son PDG Carlos Tavares se gavent sur le dos des travailleurs.

En 2023, Stellantis a réalisé un bénéfice de 189,5 milliards d’euros en 2023, en distribuant 6 milliards d’euros à ses actionnaires. Quant à Carlos Tavares, sa rémunération atteint le montant exorbitant de 36,5 millions d’euros sur la seule année 2023. Avec une entreprise qui engrange de tels bénéfices, ruisselant sur ses actionnaires et dirigeants, la liquidation judiciaire prononcée par les juges rappelle cruellement que la justice est du côté des patrons et contre les travailleurs.

Un fait d’autant plus perceptible que les ouvriers de l’usine ont appris cette décision dans les colonnes du Figaro. C’est dans ce contexte que les salariés ont décidé d’hausser le ton, en organisant de nouveau un rassemblement devant le tribunal de commerce de Bobigny, afin de dénoncer la « casse organisée » de MA France, et démontrer qu’il était possible de maintenir les emplois de l’usine. Une volonté empêchée par les forces de l’ordre, qui ont bloqué les entrées du palais de justice aux ouvriers de l’entreprise.

Comme nous l’écrivions dans nos colonnes, « Stellantis a tout à gagner à circonscrire la grève et à étouffer le mouvement, dans un contexte où les politiques de « restructuration » se sont accélérées. Sur les derniers mois de l’année 2023, c’est près de 1800 intérimaires qui ont été licenciés, tandis que l’entreprise, après avoir intensifié le recours à la sous-traitance, cherche aujourd’hui à « réinternaliser » certaines branches d’activités pour accélérer l’intégration de nouveaux constructeurs au groupe. »

Alors que la justice valide le plan de casse sociale dont le donneur d’ordre Stellantis est le premier responsable, il devient urgent d’apporter une réponse à la hauteur de l’attaque, par la grève et en se coordonnant avec d’autres secteurs et entreprises face aux attaques patronales. Une perspective d’autant plus nécessaire dans l’automobile, alors que 500 000 emplois sont directement menacés dans le secteur en Europe d’ici 2040.


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