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Crise du logement étudiant

« Le lieu où je vis ne cesse de se dégrader » : Théo étudiant à Lille 3

Arrivé à Lille en 2023, Théo, étudiant en double-licence à Lille 3, témoigne des difficultés qu’il a eu pour se loger dans une ville en proie à la crise du logement. Un témoignage réalisé par Le Poing Levé dans le cadre de notre enquête nationale contre la précarité.

Oxane Blart

22 février

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« Le lieu où je vis ne cesse de se dégrader » : Théo étudiant à Lille 3

Depuis plusieurs années, et particulièrement depuis la rentrée 2023, les étudiants font face à une crise de logement sans précédent, sous le signe de l’inflation. La pénurie de logement est marquée par la baisse des budgets universitaires ainsi que par la baisse de l’offre des logements CROUS. Des conditions qui n’ont cessé de précariser les étudiants. Cette crise est particulièrement flagrant dans la métropole lilloise, où la situation ne cesse de se dégrader, où la pénurie de logement s’accompagnant d’une hausse des loyers allant jusqu’à 10%. Certains étudiants sont alors contraint de se tourner vers des logements CROUS moins chères mais plus précaires.

Depuis 2021, l’exemple de la résidence Camus, située sur le campus de la cité scientifique à Villeneuve d’Ascq, est révélateur des difficultés qu’affrontent les étudiants qui vivent dans les résidences CROUS. Ces résidences n’offrent qu’un état vétuste des logements. Les fenêtres sont remplacées par des contreplaqués peu isolants, le bois pourrit, les logements sont infestés de cafards et punaises. Les parties communes ne sont pas équipées en conséquence pour le bien-être des résidents. Malgré les promesses des gestionnaires du CROUS, certaines résidences peinent à évoluer et à proposer des logements décents.

Pris de pied par cette pénurie de logement, Théo*, étudiant à l’université de Lille 3, a décidé de se tourner vers une agence pour louer chez un particulier. Les propriétaires profitent de cette situation du logement étudiant pour laisser des logements chers et dégradés aux étudiants qui n’ont simplement pas le choix pour pouvoir vivre près de leurs lieux d’études. Théo nous apporte son témoignage : « Je suis actuellement étudiant en licence à l’université de Lille 3. Je suis arrivé à Lille en septembre 2023. Je décide de contacter une agence immobilière, après une visite dans un logement sale […], pris de front par la pénurie de logement, je suis dans l’obligation de prendre ce logement. Depuis mon arrivée en septembre, le lieu où je vis ne cesse de se dégrader ».

Pour Théo comme pour des milliers d’étudiants, c’est un parcours du combattant qui se joue, en alliant la triple peine de la sélection, le travail étudiant pour financer les études, et un logement insalubre avec des propriétaires et des agences immobilières qui profitent de la précarité absolue des étudiants.

« Dans un premier temps, nous avons dû batailler pendant plusieurs mois pour avoir accès à de l’eau chaude ainsi qu’au chauffage » raconte Théo, dans un appartement où la température et le taux d’humidité ont déjà rendu ses colocataires malades. L’un d’entre eux, étudiant étranger en Erasmus à Lille, a été diagnostiqué pneumonique : « pour les médecins il n’y a pas de doutes, c’est la répercussion d’un haut taux d’humidité ».

A cela s’accompagnent d’infestations récurrentes de cafards ou de punaises, comme c’est souvent le cas dans les logements étudiants. Et depuis quelque temps, une fuite provoque une inondation dans l’habitation, pour laquelle les propriétaires et l’assurance ont annoncé un délai de plusieurs semaines avant une réparation.

Malgré de nombreuses relances auprès de l’agence et du propriétaire, aucune solution d’urgence n’est proposée pour le groupe d’étudiants. Bien au contraire, l’agence menace de garder et d’utiliser la caution pour réparer les dégâts dont les étudiants sont les premiers à faire les frais. Des conditions de vie déjà scandaleuses, mais auxquelles s’ajoute un prix de location particulièrement élevé, qui inclut des services qui ne sont pas fournis ni par l’agence, ni par les propriétaires.

Dans la métropole lilloise, Théo est loin d’être un cas unique. Dans son rapport annuel de l’état du mal logement, la fondation Abbé Pierre dresse un bilan effrayant. Environ 650 personnes vivent dans des bidonvilles ou logements de fortune. De plus, l’augmentation des loyers et la pénurie de logement entraînent une augmentation de personnes contraintes de vivre en squats. L’arrivée de Georges-François Leclerc, proche de Darmanin, à la préfecture de Lille lors de l’été 2021 a marqué une nouvelle phase de gentrification dans la ville. Ainsi qu’une réduction massive a l’accès à un logement décent pour les populations les plus précaires. Depuis, de nombreuses expulsions ont été opérées sans qu’aucune solution adaptée ne soit proposée. Une chasse aux plus précaires dans une région étudiante et désindustrialisée qui suit la ligne des attaques sociales et le plan d’austérité menées par le gouvernement.

Cette réalité de crise du logement se retrouve partout en France. C’est pourquoi avec le Poing levé nous revendiquons la réquisition de l’ensemble des logements vides et leur mise à disposition pour les populations précaires, garantissant un logement digne pour toutes et tous ; Dans une séquence où les grandes entreprises font des profits pendant que les étudiants travaillent pour financer leurs études, il est nécessaire de revendiquer un revenu étudiant à hauteur du SMIC, payé par les grandes fortunes, pour que les études ne soient plus une période d’exploitation mais d’épanouissement.

* Les prénoms ont été modifiés


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