×

Violences sexistes et sexuelles

La lutte féministe et le piège du punitivisme

Dans cet article, basé sur une conférence donnée à l'université d'été de RP, Josefina Martinez, écrivaine et militante féministe et révolutionnaire, revient sur les critiques les plus récentes contre le féminisme punitif.

Josefina L. Martínez

27 septembre 2023

Facebook Twitter
La lutte féministe et le piège du punitivisme

Ces dernières années, ont été marquées par l’émergence de mouvements féministes massifs dans plusieurs pays. Des grèves de femmes ont éclaté, dénonçant les violences de genre et revendiquant des droits reproductifs. Le débat s’est ouvert sur le travail reproductif au sein du foyer, sur la féminisation de la pauvreté ou sur les intersections entre le patriarcat, le racisme et le capitalisme. La pandémie a montré que les travailleuses les plus précaires étaient essentielles, au même titre que leurs collègues hommes. Le mouvement des femmes et des minorités de genre a exprimé un changement profond dans les mentalités, en particulier chez les jeunes. Mais, face à cette dynamique, des courants réactionnaires patriarcaux, anti-droits et transphobes sont réapparus tandis que, plus récemment, nous avons assisté à une institutionnalisation et à une passivisation importantes des mouvements dans plusieurs pays, processus dans lesquels les bureaucraties et les partis réformistes ont joué un rôle clé.

De #MeToo au mouvement Ni Una Menos en Argentine ou en Italie, en passant par le plus récent #SeAcabó des footballeuses espagnoles, l’accent a été mis sur la violence de genre et sur la manière d’y faire face, en dénonçant les féminicides et les multiples agressions et abus sexuels qui se produisent sur les lieux de travail et dans d’autres sphères sociales. Le mouvement des femmes a contesté la naturalisation de ces agressions et abus, ce qui a constitué un grand pas en avant. Cependant, lorsqu’il a fallu articuler des stratégies de lutte, des objectifs et des programmes politiques, de profondes divergences sont apparues au sein du féminisme. Si dans les premières années de cette nouvelle vague féministe, les courants du féminisme radical, défendant des conceptions séparatistes et parfois essentialistes, étaient assez hégémoniques, récemment des voix se sont faites entendre à gauche pour remettre en cause ce que l’on peut appeler une dérive punitiviste du féminisme. Dans cet article, nous proposons un aperçu de certaines de ces critiques, pour ensuite approfondir le point de vue et le programme d’un féminisme socialiste à ce sujet.

Critiques du féminisme punitif

Le féminisme punitif considère que la punition sous la forme de peines de prison plus sévères ou la criminalisation d’un plus grand nombre de préjudices liés à la violence de genre peut apporter une solution à ces violences. Plusieurs auteures, comme Françoise Vergès et Tamar Pitch, parlent ainsi d’un « tournant punitif » du féminisme, qu’elles remettent en question à partir de différents arguments. Voici les principaux.

I. Le punitivisme, complice du néolibéralisme

Les tendances punitives, par-delà même le féminisme, complètent très bien un certain sens commun néolibéral : l’idée que la société est une somme d’individualités et que les préjudices subis sont également des enjeux individuels. Comme s’il n’y avait pas de conditions structurelles qui recréent l’oppression à l’échelle collective. Si les responsabilités sont individuelles, alors le « remède » est la punition individuelle.

Alors que l’offensive néolibérale a accru la précarité, la pauvreté et la discrimination de larges secteurs populaires et de la classe ouvrière, la réponse privilégiée de l’État a été la criminalisation. Cela a impliqué un tournant punitif sous la forme de « campagnes de sécurité ». Wendy Brown, dans son livre States of Injury, souligne à cet égard le pouvoir conféré à l’État pour contrôler et légiférer en matière de préjudice et de sanction, comme s’il s’agissait d’une institution neutre. Ainsi, « au lieu d’apparaître comme le symptôme d’une profonde douleur politique dans une culture, le préjudice est représenté comme intentionnel et individuel, la politique est réduite à la punition ».

La dérive punitive du féminisme ne peut être comprise en dehors de ces tendances, avec lesquelles elle résonne. Ce n’est pas un hasard si les féministes qui ont le plus prôné le durcissement des peines comme solution quasi exclusive à la violence de genre ont gagné en influence aux États-Unis à partir des années 1980. Certains secteurs de ce que l’on appelle le « féminisme culturel » nord-américain se sont converties à un « féminisme du code pénal », cherchant à interdire pénalement la prostitution et la pornographie et réclamant des peines plus lourdes pour les agressions sexuelles. Certaines de ces féministes conservatrices ont même fini par s’allier directement avec l’alt-right américaine pour introduire des modifications dans les codes pénaux.

Nancy Fraser a souligné à l’époque que le féminisme libéral était complice du néolibéralisme, et désarmait le pouvoir de transformation des mouvements féministes des années 1960 et 1970. Le féminisme punitif était en ce sens complice de l’essor du néolibéralisme.

II. Le punitivisme en tant que féminisme carcéral

L’une des premières critiques du féminisme punitif est venue des féminismes noirs et antiracistes. Angela Davis, par exemple, a développé une critique du système carcéral en tant que régime institué par l’État et par les grandes entreprises capitalistes pour criminaliser, emprisonner et discipliner les populations pauvres et racisées. L’essor de l’incarcération dans le capitalisme contemporain est clairement marquée par un biais de classe, de race et de genre. Les prisons renforcent le cercle de l’exploitation, du racisme et du pillage, pour imposer la violence de l’enfermement, qui est une forme de torture.

Plus récemment, de nombreux auteurs antiracistes ont repris la critique du féminisme carcéral. Françoise Vergès, dans son livre Une théorie féministe de la violence, s’interroge sur la complicité de ce type de féminisme avec le colonialisme raciste de l’État français. Dans le même temps, d’autres auteurs ont souligné que le système carcéral fonctionne comme une machine à produire de nouvelles agressions. Rita Segato a souligné que plus de prison ne résout pas le problème et que « la prison est une véritable école du viol ». Cette autrice a également affirmé qu’aucune des modifications apportées à la législation pour la rendre plus répressive n’a permis de réduire la violence de genre, et que cette logique reviendrait à « vouloir éliminer un symptôme sans éliminer la maladie ».

En tant que féministes socialistes, nous remettons en question le système carcéral, un système de violence de classe et de violence raciste, à partir d’une critique du caractère de classe de l’État. En ce sens, nous soutenons qu’il est contradictoire de vouloir lutter contre l’oppression de genre en donnant plus de pouvoir aux institutions répressives.

III. Le punitivisme, logique de punition individuelle, esquive la remise en question du patriarcat et du capitalisme

La logique de la sanction pénale ne prend pas en compte le fait que ce qui est sanctionné est le « symptôme d’une maladie », comme le dit Segato. Cette logique fonctionne comme celle de la punition pour l’exemple, une fois que les faits se sont produits. Et cette logique punitive est expansive, transformant d’autres préjudices en nouveaux crimes. Par exemple, la récente loi espagnole (dite « Solo si es si », « seul un oui est un oui ») intègre une mesure pénalisant le « harcèlement de rue », c’est-à-dire les propos ou insultes sexistes sur la voie publique. En d’autres termes, la logique de la punition et de l’intervention judiciaire et policière s’étend à des domaines toujours plus larges de la vie sociale.

Cela peut-il être bénéfique à la lutte contre l’oppression des femmes ? Bien au contraire. C’est pourquoi, en Espagne, nous avons beaucoup remis en question cet aspect de la loi promue par le ministère de l’Égalité de Podemos. Car ce type de criminalisation légitime une présence policière accrue dans les rues et, dans la plupart des cas, ces plaintes sont instrumentalisées contre les populations migrantes. La logique du crime et de la punition dissimule les relations structurelles qui se cachent derrière les agressions individuelles. Elle empêche de mettre l’accent là où c’est nécessaire si nous voulons construire des luttes collectives.

IV. Le punitivisme et la figure de la victime comme identité

Plusieurs auteurs ont affirmé que la sanction pénale repose sur un binôme agresseur-victime. Et si certains féminismes essentialistes considèrent tous les hommes comme des agresseurs potentiels, dans le même temps, toutes les femmes sont condamnées à la position d’éternelles victimes. Les conséquences sont multiples. D’une part, les femmes sont considérées comme des sujets vulnérables qui ont besoin d’être protégés, par l’État et les forces de répression. Comme l’ont dénoncé les féministes s‘attaquant aux mécanismes du « féminisme civilisationnel » ou du « féminisme impérial », il s’agit là d’un fonctionnement analogue à celui des États impérialistes, qui se présentent comme les « protecteurs » des femmes de leurs anciennes colonies ou de ce que l’on appelle le Sud global. Or, la construction de cette figure de la femme victime, qui ne peut être que secourue ou protégée, a servi à justifier les interventions « humanitaires » impérialistes et même les guerres.

De la même façon, plusieurs auteures soulignent que l’hégémonie d’un féminisme punitif transforme le statut de victime en une sorte d’identité. Dans la mesure où les victimes parlent à partir de l’expérience de leur douleur, cela donnerait à cette parole partant d’un préjudice subi un caractère ontologiquement supérieur à tout autre discours. Cela conduit à des positions identitaires ou séparatistes, où la priorité est donnée à sa propre douleur, à sa propre expérience par rapport aux autres. Tout en rendant visibles la dénonciation de préjudices qui sont souvent naturalisés, cela peut conduire à une logique de compétition entre les secteurs opprimés, à leur plus grande fragmentation, au détriment de leur articulation et de leur unification.

De fait, la douleur des victimes a souvent été exploitée par la droite pour exiger la peine de mort ou des peines plus sévères. Ce type d’opération discursive est également fréquent face aux cas médiatiques d’« insécurité » dans les pays d’Amérique latine, comme les vols avec agressions ou morts, utilisés par la droite pour imposer plus de police dans les rues. Cette primauté de la figure de la victime dans le discours punitif a des conséquences encore plus néfastes pour les femmes, car elle établit des critères sur ce que signifie être une « bonne victime ». Les femmes finissent souvent par faire l’objet d’une enquête pour vérifier si elles remplissent ces conditions, par exemple l’injonction à souffrir et à ne pas continuer sa vie. Cette victimisation qui devient un statut quasi-identitaire infantilise les femmes et leur enlève tout pouvoir d’action, de réponse collective.

V. Pression punitive et panique sexuelle

Laura Macaya Andrés évoque l’extension de l’utilisation du terme « violence de genre » à différents types d’actions et de comportements machistes, sous l’effet de la pression punitive. Elle souligne : « Cette utilisation extensive du concept de violence n’a pas seulement déplacé d’autres expressions de l’inégalité envers les femmes, mais a également permis de qualifier de violence les actes de reproduction du sexisme, les comportements gênants à caractère sexiste et même les avances, les regards ou les offres sexuelles non désirées. » En d’autres termes, des comportements machistes, qui peuvent être gênants et que nous combattons, sont, sous la pression punitive, assimilés à d’autres violences sexuelles plus graves, comme s’il s’agissait de la même chose.

Nuria Alabao souligne à juste titre que de telles conceptions finissent par créer une « terreur sexuelle », la sexualité des femmes étant associée à la possibilité d’une agression sexuelle, comme si l’une impliquait toujours le risque de l’autre. Ces visions s’apparentent au féminisme radical, qui théorise l’oppression des femmes sur la base de la sexualité de manière essentialiste. Dans cette vision binaire de la sexualité, tous les hommes sont conçus comme des agresseurs et violeurs potentiels et toutes les femmes comme d’éternelles victimes. En ce sens, la critique par Susan Watkins du travail de la féministe Catharine MacKinnon se rapproche de ce que peuvent développer par ailleurs Andrea Datri et Matías Maiello.

Pour MacKinnon, la sexualité serait l’axe d’articulation de la société patriarcale. Il s’agirait d’une relation d’oppression absolue, et « le viol, l’inceste, les abus, le harcèlement sexuel, l’avortement, la prostitution et la pornographie » seraient un continuum de ce rapport de domination. Pour MacKinnon, le désir sexuel hétérosexuel ne serait rien d’autre que l’érotisation de la domination et la principale tâche féministe serait de rechercher une jurisprudence qui punisse la pulsion agressive masculine. Selon l’auteure, les féministes devraient lutter pour l’interdiction de la pornographie dans le cadre des lois sur la discrimination sexuelle et pour la criminalisation de la prostitution, ainsi que pour l’augmentation des peines pour les agressions sexuelles dans le code pénal.

Une autre représentante de ce type de féminisme est Andrea Dworkin, une féministe radicale américaine qui a initié la campagne pour l’interdiction de la pornographie dans les années 1980. Pour elle, la sexualité masculine représente « la substance du meurtre, pas de l’amour ». Elle affirme que « le viol est le modèle principal de la sexualité hétérosexuelle », assimilant le rapport sexuel au viol. Pour Dworkin, les hommes qui consomment de la pornographie ou racontent une blague sexiste, et même ceux qui approuvent ces comportements, sont tous « ennemis des femmes et impliqués dans le crime de viol ». Pour ces courants, que nous avons appelés féminismes conservateurs, la lutte pour la libération sexuelle est néfaste pour les femmes.

Le débat sur la sexualité fait partie du mouvement féministe depuis ses origines, opposant celles et ceux d’entre nous qui s’inscrivent dans la lutte pour la libération sexuelle à des courants qui cherchent à accroître la régulation sociale de la sexualité féminine. Pleasure and Danger. Exploring female sexuality, un texte de Carol Vance, publié il y a 35 ans, est devenu un classique du débat. Vance y affirme que : « Dans la vie des femmes, la tension entre le danger sexuel et le plaisir sexuel est très forte. La sexualité est à la fois un terrain de contrainte, de répression et de danger, et un terrain d’exploration, de plaisir et de capacité d’agir [agency]. Se concentrer uniquement sur le plaisir et la gratification, c’est négliger la structure patriarcale dans laquelle les femmes évoluent ; cependant, ne parler que de violence sexuelle et d’oppression, c’est négliger l’expérience des femmes en matière de capacité d’agir [agency] et de choix sexuels, et c’est accroître involontairement la terreur et le désarroi sexuelles dont les femmes font l’expérience ».

VI. Le discours punitif dans les mouvements

En lien avec ce qui précède, plusieurs auteurs mettent en garde contre la « reproduction de la culture de la punition » dans les mouvements sociaux. Virginia Cano s’oppose à l’expansion des logiques punitives et au « débordement du langage pénal » dans les espaces militants [1]. Elle considère la logique des escraches (ou call-out) comme une pratique qui encourage les divisions, l’atomisation et l’isolement, ainsi que l’individuation des responsabilités. Une question également abordée par Andrea D’Atri, qui souligne que la violence de genre n’a pas de « solution individuelle, ni par des moyens punitifs, ni par les escraches de la vengeance personnelle ». Il nous faut donc « forger une alliance avec nos camarades hommes pour affronter ensemble le machisme et lutter non seulement contre le système qui le légitime et le reproduit, mais aussi contre les hommes qui commettent les violences les plus aberrantes à l’encontre des femmes ».

Il est un fait que, dans de nombreuses organisations féministes, dans le mouvement étudiant et même dans les syndicats, la logique de la justice pénale a imprégné le traitement des relations et des comportements machistes. Selon Laura Macaya, de nombreux mouvements « revendiquant l’autogestion des conflits, développent des stratégies de lutte contre la violence de genre telles que les exils, les exclusions, les extorsions d’aveux pour imposer de se reconnaître comme agresseurs, les dénonciations publiques sans garanties ». Des stratégies qui non seulement ne résolvent pas le problème, mais impliquent souvent une stigmatisation de l’agresseur, comme si une personne au comportement machiste était toujours un agresseur potentiel), ainsi qu’une « condamnation » sans possibilité de défense, avec des actions de « punition » souvent disproportionnées. L’idée que « tout est abus » est également présente, sans tenir compte des proportions, des contextes et des spécificités de chaque situation. Et surtout, l’accent est mis sur l’individualisation plutôt que sur la résolution collective.

Pour résumer cette série d’arguments, la logique du punitivisme renforce le pouvoir de l’État et de ses forces répressives, tout en situant les femmes comme des victimes individuelles, plutôt que comme des sujets collectifs qui luttent et se battent pour la transformation des relations structurelles du patriarcat, du capitalisme, du racisme et de la précarité. Celles et ceux d’entre nous qui visons l’émancipation considèrent, en revanche, que le progrès n’est possible que si nous parvenons à une unification et une articulation de tous les secteurs opprimés, et plutôt que leur fragmentation.

Si tous les hommes étaient des agresseurs potentiels, si cela était un absolu, comme le prétendent les courants féministes radicaux, alors il faudrait penser, de la même façon, que tous les blancs sont racistes, ou que tous les travailleurs sont des esclaves, et qu’il n’y a pas de possibilité de lutter contre ce système d’exploitation et d’oppression. Il ne resterait que la confrontation entre les différents secteurs opprimés. Du point de vue du marxisme révolutionnaire que nous revendiquons, nous soutenons qu’en même temps que ce système crée des subjectivités oppressives et opprimées, il crée aussi les conditions de la révolte contre ces conditions, de l’émergence de mouvements qui remettent en cause les oppressions, de mobilisations et de révolutions.

Les pièges du féminisme institutionnel

Avec l’institutionnalisation des mouvements de femmes, nous avons vu se développer le féminisme institutionnel ou « féminisme des ministères » dans plusieurs pays, de l’Espagne au Mexique, en passant par le Chili et l’Argentine. Dans l’État espagnol, l’approbation de la loi Solo si es si a été problématique, car ce cadre punitif du débat a encouragé la droite et l’extrême droite à exiger des peines encore plus sévères. D’autre part, il a étendu la pénalisation, comme nous l’avons montré. Par ailleurs, en ce qui concerne les mesures de prévention de la violence à l’égard des femmes, elles ont été très partielles et, depuis le début de l’année, le nombre de féminicides a augmenté.

Et c’est là l’un des aspects essentiels de notre intervention. Car si la logique punitive n’est pas notre horizon, nous proposons un autre programme de lutte contre les violences de genre, dans lequel l’accent doit être mis sur la lutte contre les conditions qui conduisent à la reproduction de cette violence dans le système capitaliste patriarcal. Depuis notre collectif international Pan y rosas [en France, il s’agit du collectif Du pain et des roses], nous luttons pour une augmentation significative des budgets consacrés à l’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi que pour la création de centres d’accueil pour les femmes, sans présence policière ou judiciaire. Nous demandons qu’il ne soit pas nécessaire de déposer une plainte pénale pour recevoir un soutien financier ou psychologique, et la mise en œuvre de programmes d’éducation sexuelle complets à tous les niveaux d’enseignement. Nous luttons pour la séparation de l’Église et de l’État, car il s’agit d’une institution réactionnaire qui reproduit l’oppression, le machisme et l’homophobie.

Mais tout cela ne suffit pas si l’on ne garantit pas un logement et un travail à toutes les femmes en situation de violence de genre, afin qu’elles ne soient pas obligées de continuer à vivre avec leurs agresseurs. L’expropriation des logements vides aux mains des banques et des spéculateurs est une revendication centrale à cet égard. De même, la régularisation de tous les sans-papiers est fondamentale, car de nombreuses femmes sont plus vulnérables aux situations de violence de genre parce qu’elles sont sans papiers.

La formation de commissions de femmes et minorités de genre sur les lieux de travail et d’étude fait partie de notre lutte pour l’auto-organisation des femmes avec la classe ouvrière et le mouvement étudiant. Des mesures qui, ensemble, impliquent la remise en question du régime d’exploitation, de précarité, de racisme et de machisme qui conditionne la vie de millions de femmes dans le monde entier. Pour cela, comme nous l’avons déjà souligné, il est fondamental de lutter pour l’unité des mouvements des femmes et des minorités de genre avec la classe ouvrière. Et de lutter pour que les syndicats prennent activement en compte ces demandes et soutiennent les grèves des femmes. Cela implique également d’affronter les bureaucraties syndicales et les bureaucraties des mouvements eux-mêmes qui maintiennent les luttes des femmes comme des territoires séparés.

Nous considérons que la lutte contre la violence de genre fait partie d’une lutte contre les multiples formes de violence générées par ce système d’exploitation et d’oppression. C’est pourquoi nous défendons un féminisme lutte des classes, anti-punitiviste, anticapitaliste et socialiste.

Notes :

[1] Virginia Cano ; “Afecciones punitivas e imaginación política : desbordes de la lengua penal” en : Deborah Daich y Decilia Varela ; Los feminismos en la encrucijada del punitivismo, Biblos.


Facebook Twitter

Josefina L. Martínez

Historienne, correspondante IzquierdaDiario.es

Constitutionnalisation de l'IVG : la défense de l'avortement dépendra de nos luttes

Constitutionnalisation de l’IVG : la défense de l’avortement dépendra de nos luttes

Qu'est ce que « En quête d'esprit », l'émission qui fait de l'avortement la première cause de mortalité ?

Qu’est ce que « En quête d’esprit », l’émission qui fait de l’avortement la première cause de mortalité ?

Semaine féministe à Bordeaux : viens préparer le 8 mars avec Du Pain et Des Roses à l'Université !

Semaine féministe à Bordeaux : viens préparer le 8 mars avec Du Pain et Des Roses à l’Université !


 « Fière des ruines de Gaza » : les propos génocidaires de la ministre israélienne de l'égalité

« Fière des ruines de Gaza » : les propos génocidaires de la ministre israélienne de l’égalité

Alerte de l'ONU : Tsahal coupable de viols, humiliations et exécutions de femmes et d'enfants

Alerte de l’ONU : Tsahal coupable de viols, humiliations et exécutions de femmes et d’enfants

Rapport sexuel exigé en échange d'un service : la justice blanchit définitivement Darmanin

Rapport sexuel exigé en échange d’un service : la justice blanchit définitivement Darmanin

Meurtre de Brianna Ghey : un révélateur de l'impunité transphobe de la classe politique britannique

Meurtre de Brianna Ghey : un révélateur de l’impunité transphobe de la classe politique britannique

Témoignage de Judith Godrèche : un éclairage brut sur les systèmes de domination dans le cinéma

Témoignage de Judith Godrèche : un éclairage brut sur les systèmes de domination dans le cinéma