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Répression étudiante

INSA Toulouse. La direction réprime des étudiants qui dénoncent le greenwashing d’entreprises partenaires

En octobre dernier lors du forum des entreprises de l’INSA Toulouse, des étudiant.es ingénieur.es du collectif « INSA en lutte » ont dénoncé la présence d'entreprises écocidaires. Suite à cette action, la direction de l’école a essayé de fermer les réseaux sociaux de plusieurs collectifs étudiants à Toulouse et Lyon. Une répression scandaleuse qui montre la crainte des directions face à la politisation de la jeunesse.

Joseph Ballot

1er décembre 2023

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INSA Toulouse. La direction réprime des étudiants qui dénoncent le greenwashing d'entreprises partenaires

Crédit photo : INSA en lutte

Le mardi 24 octobre dernier avait lieu, comme chaque année, le forum des entreprises de l’école d’ingénieur.es INSA Toulouse. Une occasion pour les entreprises de tenir des stands promotionnels afin d’embellir et de verdir leur activités, afin de maintenir une certaine attractivité auprès des étudiant.es. Une supercherie que dénonce certain.es d’entre eux, dont le collectif étudiant INSA en Lutte.

Une action de dénonciation du greenwashing et de la surexploitation des ressources par le patronat

Ainsi, des membres du collectif ont interrompu le discours d’introduction en prenant la parole pour dénoncer la présence d’entreprises jugées douteuses : « Nous sommes un collectif d’étudiantes et d’étudiants de l’INSA, qui se reconnaît dans les valeurs humanistes prônées par notre école, mais qui ne se reconnaît pas dans l’invitation de certaines entreprises à ce forum. » ont expliqué les étudiants, visant particulièrement le groupe du BTP NGE présent ce jour-là.

L’entreprise est en effet concessionnaire du prolongement autoroutier A69, entre Toulouse et Castres. Un désastre environnemental et social dénoncé et fortement contesté par le mouvement écologiste, malgré un acharnement répressif de l’État à maintenir le projet. Présent.es lors du week-end de mobilisation « Ramdan sur le macadam » contre l’A69 les 21 et 22 octobre derniers, les étudiant.es témoignent aussi de « la force employée par l’État pour réprimer » et « les grenades lacrymogènes [...] qui ont mis le feu dans les champs ».

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Plus généralement, les étudiant.es d’INSA en lutte dénoncent le greenwashing et les « fausses volontés sociales » présentes dans la communication des entreprises, tout en appelant à agir collectivement contre un système où les intérêts privés passent devant les intérêts communs.

Suite à ce discours, le collectif a organisé un sit-in devant le stand de l’entreprise de BTP NGE avant de mettre en place un contre-stand pour visibiliser les dégâts humains et environnementaux causés par des grandes entreprises comme Vinci, Thales, Airbus ou encore Dassault. Une dénonciation pensée pour questionner un système basé sur l’exploitation et l’oppression.

Un étudiant du collectif explique ainsi : « Le but n’est pas seulement de dire aux étudiant.es de ne pas travailler pour telle ou telle entreprise. Il s’agit de leur montrer le fonctionnement du système auquel ils appartiennent. On a pu discuter avec plusieurs étudiant.es qui pensaient pouvoir résoudre la question du réchauffement climatique grâce à leur travail d’ingénieur, ou même changer l’orientation des grands groupes de l’intérieur. Il est important d’apporter un discours contredisant cet imaginaire capitaliste et solutionniste. C’est aussi une occasion d’inciter les étudiant.es partageant notre point de vue à se politiser, et à se regrouper pour défendre leurs intérêts. »

Sur les réseaux-sociaux, leur intervention a reçu le soutien de plusieurs personnalités et organisations du mouvement écologiste, dont Extinction Rébellion, le média Bon Pote ou encore le climatologue et co-auteur du sixième rapport du GIEC, Christophe Cassou.

Alors que leur intervention commençait à prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux, la direction de l’INSA a réagi en tentant de censurer le collectif. Une répression visant à protéger les intérêts et l’image des entreprises partenaires de l’école.

La direction de l’INSA tente de protéger les intérêts de ses « partenaires économiques » en censurant la mobilisation des étudiant.es

Ainsi, Bertrand Raquet, directeur de l’INSA Toulouse et président du groupe INSA a réagi dans une interview parue le 7 novembre sur le site de France 3 Occitanie. Selon lui, cette action refléterait une « position radicale et militante, qui empêche de construire un dialogue. [...] Ce n’est pas l’INSA qui est en lutte mais ce petit collectif d’étudiants. ». Il annonce ensuite que le groupe a entamé des démarches pour empêcher le collectif de conserver son nom.

Des menaces mises à exécution avec la suppression du compte Youtube d’INSA Toulouse en Lutte et du compte Instagram d’INSA Lyon en Lutte. Une censure scandaleuse qui n’a pas arrêté les étudiant.es. En effet, le collectif toulousain a réussi à récupérer sa chaîne Youtube, grâce à une réclamation, tandis que le collectif lyonnais a créé un nouveau compte Instagram.

Loin d’être isolée, la répression sur les étudiant.es d’école d’ingénieurs s’est accrue ces dernières années dans de nombreuses écoles, comme à l’INSA Toulouse et Lyon, mais aussi contre des étudiant.es mobilisé.es de Polytechnique ou de collectifs de déserteurs. Une réponse autoritaire face à une politisation croissante dans ces institutions de l’enseignement supérieur.

Les perspectives d’une politisation nouvelle dans un secteur essentiel du système

Créé à l’occasion de la mobilisation contre la réforme des retraites, le collectif INSA Toulouse en Lutte est une illustration d’une politisation nouvelle dans les écoles d’ingé. Celle-ci s’est notamment exprimé lors du blocage de l’école de Toulouse en mars dernier, suite à l’utilisation du 49-3 par le gouvernement. Une mobilisation jamais vue depuis 2006 et la bataille contre la réforme du CPE, qui a d’ailleurs inspiré la création de plusieurs collectifs dans d’autres établissements de l’INSA à travers la France (Lyon, Rennes, Rouen, Blois).

De plus, de nombreuses actions de dénonciation des liens entre les écoles et des entreprises écocides se sont multipliés ces derniers temps, à l’image de l’interruption du forum des entreprises à Polytechnique ou du « prix du greenwashing » des étudiant.es d’HEC Paris pour des représentant.es de Total venu.es participer à une conférence sur la transition énergétique. De même, des étudiant.es de l’université Paul Sabatier se sont aussi mobilisés pour dénoncer l’intervention de Total au sein du master « Green Air » sur la « transition énergétique ».

Cristallisé par l’appel à déserter d’étudiant.es d’AgroParisTech en 2022, de plus en plus d’étudiant.es remettent ainsi en cause la place qu’il leur est réservée dans les maillons de l’industrie, amplifié par la généralisation des cours de management et de gestion entrepreneuriale dans les écoles d’ingénieurs.

Mahault, une étudiante que nous avions interrogé pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, expliquait en ce sens : « On est formé.es à être ingénieur.es, mais quand on sera en poste on n’aura pas notre mot à dire sur ce qu’on va produire car on sera soumis.es aux logiques du capitalisme. Il y a un master de l’INSA où le 2ème employeur des étudiants c’est Total… Dans ma classe plus personne ne veut devenir ingénieur.e ! Parce qu’on ne sait ni à quoi ni à qui va servir notre travail ».


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