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Gestion coloniale

Hôpitaux débordés, écoles fermées : la crise de l’eau continue à Mayotte, l’État est responsable

Le manque d’eau à Mayotte entraîne des conséquences dévastatrices sur l’île. C'est l'Etat français qui est responsable et contre lequel doit être dirigée la colère.

Raji Samuthiram

4 octobre 2023

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Hôpitaux débordés, écoles fermées : la crise de l'eau continue à Mayotte, l'État est responsable

Crédits photo : capture d’écran France Info

« Mayotte a soif » : le constat est inchangé depuis juillet, période où le gouvernement instaurait des coupures d’eaux régulières face à une sécheresse historique.

Particulièrement touchés sont les quartiers pauvres, où résident également de nombreux étrangers, en particulier des comoriens visés par l’opération d’expulsion massive Wuambushu. Alors qu’un tiers des habitations n’avait déjà pas accès à l’eau courante sur l’île, aujourd’hui, la crise de l’eau frappe partout, avec des conséquences dramatiques sur les services publics : des écoles fermées, des hôpitaux débordés par des maladies liées au manque d’eau, des agriculteurs qui tirent la sonnette d’alarme face au risque d’une crise alimentaire…

Une crise dont l’État français est le premier responsable, de part sa gestion coloniale de l’île qui empire la sécheresse et dégrade les conditions de vie des habitants, dont 77 % vivent sous le seuil de pauvreté. Alors que certains secteurs de la population se mobilisent pour l’accès à l’eau, il est urgent de pointer les racines impérialistes de cette crise.

Des sachets d’eau pour les élèves, mais des exceptions pour les entreprises

Aujourd’hui, le calendrier des tours d’eau impose des coupures d’eau deux jours sur trois dans la plupart des dix-sept communes, imposant un rythme de vie cauchemardesque pour les habitants - et quand l’eau coule, elle est souvent imbuvable. Dans les magasins, les prix des packs d’eau s’envolent malgré le gel des prix (déjà exorbitants par rapport au prix de l’Hexagone) imposé par la préfecture.

La méfiance générale est alimentée par les analyses de l’Agence Régionale de Santé qui, après plusieurs alertes, a reconnu fin septembre que l’eau n’était pas potable dans plusieurs zones et notamment dans les écoles. Ce alors même que 80 écoles sur 188 subissent des coupures d’eau, et plusieurs d’entre elles ont du fermer leurs portes en conséquence.

« On vit avec nos excréments sans pouvoir tirer la chasse d’eau », explicite une habitante de Petite-Terre auprès de StreetPress. Avec des conséquences sanitaires importantes : dans les urgences, les cas de gastro, de bronchiolite, de diarrhées aiguës et d’infections dermatologiques s’accumulent. Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Dans les hôpitaux, où le manque de personnel dégrade d’ores et déjà les conditions de travail et d’accueil, les coupures et l’eau boueuse poussent vers la catastrophe : « Nous avons eu un épisode d’eau boueuse dans plusieurs services. Pour nos instruments qui nécessitent de l’eau dans les circuits, on ne peut pas s’assurer de la qualité de l’eau  », témoigne une praticienne au Centre hospitalier de Mayotte auprès de RFI. « Ce qui nous inquiète vraiment, c’est qu’on n’est qu’au début de cette crise, on ne sait pas comment cela va évoluer. »

Alors que la crise de l’eau s’immisce dans la casse déjà en cours les services publics, les « secteurs de forte activité » subissent quant à eux des coupures moins importantes. C’est le cas de la zone industrielle de Kawéni, par exemple, où se trouvent de nombreuses entreprises y compris des filiales de Vinci. Comme le rapportait un enseignant auprès de Révolution Permanente en août dernier, de nombreux habitants n’ont accès à l’eau que sur leur lieu de travail : « Dans certains métiers, des ouvriers partent sans eau chez eux le matin et reviennent sans eau le soir : la propriété des industries et du profit prime ».

La police, l’éternelle solution de l’État colonial

Le manque de pluie et d’infrastructures étaient connues et annoncées depuis des mois. Pourtant, la seule réponse apportée par le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin n’a consisté que dans le renforcement militaro-policier, dans la continuité de l’opération d’expulsion et de délogement massive Wuambushu. Interrogé au sujet de la crise de l’eau en juin dernier, il affirmait que : « lorsque Mayotte retrouvera ce qu’elle est en train de retrouver grâce à cette opération, la maîtrise de sa démographie, ça ira mieux à l’école, ça ira mieux à l’hôpital, ça ira mieux pour consommer de l’eau, ça ira mieux pour tous les services publics. » Des affirmations d’une teneur ultra-colonialiste, et qui sonnent d’autant plus faux aujourd’hui au vue de la situation dans les services publics aujourd’hui.

Finalement le mois dernier, l’État a fini par lâcher quelques miettes avec la distribution de packs d’eau puis avec l’affrètement d’un navire chargé de 600.000 litres d’eau, une opération qui devrait se renouveler toutes les trois semaines. Cette semaine, la distribution d’eau en sachets de 300 ml a également débuté dans les écoles. C’est trop peu et trop tard : ces mesures ne sont pas à la hauteur de la crise d’une ampleur inédite, qui témoigne de la profondeur de l’abandon de l’État français et des multinationales comme Vinci, qui n’a rien fait pour trouver une solution via malgré les quatre millions d’euros déversés par l’État l’année dernière à sa filiale locale SMAE (la Mahoraise des Eaux).

Si les autorités promettent la construction d’une troisième retenue collinaire, et qu’est prévue pour fin 2024 la première tranche d’une usine de dessalement de 10.000 mètres cubes par jour, elles envisagent en attendant les distributions d’eau encore plus sévère dans les prochaines semaines, avec peut-être des distributions un jour sur quatre. Par contre, le renforcement policier ne s’est pas fait attendre, avec deux nouvelles brigades de gendarmerie déployées cette semaine, la même police qui détruit des zones de pompage dans les bidonvilles et terrorise les habitants dans le cadre de l’opération Wuambushu qui vont aider à remédier la situation.

Les habitants se mobilisent : il faut refuser la xénophobie d’État

Alors que la situation s’aggrave, des habitants s’organisent ou appellent à se mobiliser, à l’image de la manifestation du 27 juillet qui s’est terminée au siège de la Société mahoraises des eaux. La semaine dernière, l’intersyndicale locale a publié un appel à la grève illimitée chez les agents publics à partir du 9 octobre, revendiquant entre autres une augmentation des salaires ainsi que l’accès gratuit à l’eau potable pour tout le monde.

Face à la situation désastreuse à Mayotte, il faut que ces mobilisations soient le plus large possible. Mais pour être victorieuse, elles doivent combattre le discours actuellement très présent dans les collectifs d’extrême-droite qui appellent à la mobilisation pour l’accès à l’eau, qui vise les populations d’origine étrangère, et particulièrement les comoriens. Ce, alors même que les ménages des bidonvilles largement peuplés par les comoriens consomment six fois moins d’eau que la moyenne mahoraise et subissent un accès inégalitaires aux services publics.

Une division qui arrange bien l’Etat français. Or, pour que le mouvement de grève pour l’accès à l’eau puisse gagner, il doit à l’inverse être dirigé contre le premier responsable de la crise, à savoir l’État français et le gouvernement. En ce sens, c’est la construction d’une mobilisation qui unit l’ensemble de la population, à l’encontre de l’impérialisme français et sa gestion coloniale de l’île qui permettra d’obtenir des moyens massifs pour les services publics et un véritable plan de lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences, qui inclut la lutte contre les entreprises comme Vinci qui s’accapare les ressources naturelles pour son profit.


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