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JO 2024

Grève des éboueurs et égoutiers à Paris : « L’inflation fait mal à tous, c’est le moment ou jamais »

À partir de ce mardi et pour trois jours, les éboueurs et les égoutiers de Paris démarrent une première grève, avec la perspective des Jeux Olympiques. Très sollicités depuis deux ans pour leur préparation, ils exigent de meilleurs revenus.

Dorian Maffei

13 mai

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Grève des éboueurs et égoutiers à Paris : « L'inflation fait mal à tous, c'est le moment ou jamais »

Crédits photo : CGT-FTDNEEA

La CGT-Filière traitement des déchets, nettoiement, eau, égouts et assainissement de la ville de Paris (CGT-FTDNEEA) a déposé le mardi 30 avril deux préavis de grève, l’un pour les semaines à venir et l’autre couvrant la période des Jeux olympiques à partir du mois de juillet. « On a posé le préavis quand la direction nous a reçu, sans rien céder, donc on part en guerre » explique Julien, travailleur de l’assainissement.

Les agents seront en grève cette semaine du mardi 14 au jeudi 16 mai, et la semaine prochaine dans le contexte de la tenue des séances du Conseil de Paris, du mercredi 22 au vendredi 24 mai. Ils se battent pour trois revendications, à commencer par une augmentation de 400 euros de l’IFSE, la principale indemnité mensuelle des agents : « On demande une augmentation de la prime de 400 euros pour tout le monde parce que l’inflation fait mal à tous. Depuis 2021 ça pique » détaille Julien.

Ensuite ils revendiquent une prime exceptionnelle de 1900 euros pour tous dans les cadres de Jeux Olympiques de Paris. Une telle prime n’a pour l’instant été annoncée que pour ceux qui iront bosser dans les villages olympiques, et son montant est incertain. Pour Julien, « Rien n’est décidé encore et tout le personnel de la ville est impacté depuis deux ou trois ans. On court partout à cause des JO et pendant les JO ça va être un bordel sans nom ».

« Tous les services c’est la catastrophe, il faut que tous les services soient parfaits donc l’assainissement, avec les histoires de baignade en Seine, on a été fortement impacté parce qu’on est à la merci du moindre orage et que les épreuves de natation puissent pas se faire, donc on a fait des grands chantiers d’aménagement dont le bassin Austerlitz. Les égoutiers ont aussi vérifié tous les branchements sur les quais de Seine pour s’assurer qu’ils étaient aux normes et balançaient pas directement dans la Seine, ils doivent vérifier toutes les péniches car il y en avait pas mal qui balançaient directement dans flotte. C’était un boulot titanesque, et c’est que pour les égoutiers mais c’est tous les services de la ville. On court tous depuis deux ans là ». Julien, syndiqué CGT et travailleur de l’assainissement pour la ville de Paris.

Enfin, les travailleurs exigent que des augmentations de salaire pour tous par le fait que chaque catégorie soit revalorisée dans la grille salariale indiciaire, autrement dit que les techniciens passent sur la grille de la maîtrise, la maîtrise sur celle des agents d’exploitation, etc.

Ce matin, des agents ont envahi le siège de la Direction de la Propreté et de l’Eau (DPE) de la ville de Paris et déployé deux banderoles en défense du service public, de ses agents et ses usagers : « 100% publics, plus de moyens pour un service public de qualité pour tous » et « JOP 2024 : pas sans les agents du service public ville de Paris ».

Une grève dans le contexte des Jeux Olympiques de Paris

« On a publié le préavis le 30 avril au soir et le 1er mai à 7h ils en parlaient déjà sur BFM TV » s’amuse Julien. Politiciens et chaînes privées gardent en tête les grèves d’il y a un an lors de la bataille des retraites, au moment où le gouvernement passait en force son projet par 49-3. « La dernière grève c’était pour la réforme des retraites de 2023, il y a deux ou trois journées isolées mais le vrai moment de guerre, c’est maintenant ».

Il faut sans doute s’attendre à ce que se multiplient les attaques contre le droit de grève au prétexte de la « trêve olympique », ainsi que cela s’est produit la semaine dernière à Marseille. Le second préavis déposé par les éboueurs parisiens couvre une période allant de début juillet jusqu’à la fin des Jeux Olympiques, et la CGT Ville de Paris dont ils dépendent a également déposé un autre préavis. La grève qui débute aujourd’hui s’annonce donc décisive pour l’instauration d’un rapport de force et l’obtention des demandes.

« C’est le moment ou jamais, la direction flippe vraiment de ce qu’on peut faire avant et pendant les JO, on a un réel pouvoir. On a fait la tournée des ateliers depuis deux semaines et les éboueurs comme les conducteurs de bennes ils ont bien compris ça. On est en position de force, et quand on voit nos salaires on se dit qu’il y a pas de raison de se priver. ». Julien, travailleur de l’assainissement à Révolution Permanente.

Pour Julien, le moment est d’autant mieux choisi que le ministre de la fonction publique Stanislas Guerini a déjà annoncé les prochaines attaques avec la simplification des licenciements (bien qu’ils existent déjà dans la fonction publique sous la forme des révocations) et la suppression des grilles salariales catégorielles des agents, augmentant l’arbitraire et les possibilités d’abaisser encore les rémunérations.

« C’est le moment ou jamais, surtout qu’à la rentrée on sait qu’il a la réforme Guerini qui va nous faire mal encore. Ça va finir de péter les services publics. Plus personne ne postulera chez nous et ils diront "il y a a plus personne donc il faut privatiser." ». Julien, travailleur de l’assainissement.

Hier soir, Julien était confiant sur la grève : « Il y a moyen de bouger beaucoup de monde  ». Dans un contexte de destruction des services publics, d’inflation et de conditions de travail indignes qui affecte tout le monde, la mobilisation légitime des éboueurs et égoutiers parisiens démontre deux choses. En premier, la nécessité pour les syndicats de proposer un plan de bataille commun visant à obtenir des conquêtes pour l’ensemble des secteurs du monde du travail. Ensuite, l’opportunité que constituent les Jeux Olympiques pour obtenir des victoires sociales.


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