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« On n’a jamais vu ça »

Expulsions surprise à Toulouse : l’Etat détruit deux campements et jette une centaine de personnes à la rue

Jeudi 4 avril, la préfecture de Haute-Garonne a orchestré par surprise la destruction de deux bidonvilles et l’expulsion d’une centaine de personnes, sans proposition de solution de relogement. Sur le terrain, l’association Utopia56 dénonce un durcissement de la répression dans la droite lignée de la politique du logement de la mairie et la préfecture.

Arno Gutri

5 avril

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Expulsions surprise à Toulouse : l'Etat détruit deux campements et jette une centaine de personnes à la rue

Crédit photo : Dorian Maffei

Jeudi 4 avril, dès 7 heures du matin, une vingtaine de policiers ont débarqué au campement du chemin de Gabardie, près de Toulouse. Depuis près de 10 ans, une cinquantaine de personnes, dont des familles et des enfants scolarisés, vivait à cet endroit. « Ils ont viré tout le monde », raconte Louise, coordinatrice d’Utopia56 Toulouse, présente sur les lieux. Pendant l’expulsion, l’accès au terrain était bloqué par une société de sécurité privée, à la demande du propriétaire des lieux, VINCI Autoroutes. « Dès 9 heures, les pelleteuses ont tout détruit sous les yeux des habitants. Ils n’ont pas pu récupérer leurs caravanes, certains n’ont même pas pu récupérer leurs papiers ».

D’après les informations des militants sur place, seulement une famille a été relogée à l’hôtel pour seulement quelques nuits tandis qu’une autre a reçu la proposition de quelques nuitées dans un hôtel à Roques, à 15 km de Toulouse.

Au même moment, le campement de l’Hers, proche de celui de Gabardie, était détruit à coup d’engins de chantier. Au moins 70 personnes vivaient à cet endroit depuis juin 2023. Aucun habitant n’avait été prévenu de l’expulsion. « On n’a jamais vu ça, témoigne Louise. Chaque fois, il y a au moins un suivi juridique, on est au courant des procédures et un huissier informe les habitants de l’expulsion ». D’après les avocats contactés par les militants, VINCI Autoroutes aurait engagé une procédure permettant l’expulsion du campement sans en informer les habitants.

Non seulement la répression qui a été particulièrement brutale a été organisée sur demande d’une grande entreprise du bâtiment, mais aucune solution de relogement n’a été proposée aux habitants du campement de l’Hers. Les services de la DEETS (Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités), en charge du relogement pour la préfecture, n’étaient même pas présents sur les lieux. « C’est la première fois que je vois une expulsion sans les services de la préfecture », dénonce la coordinatrice d’Utopia56 Toulouse. Alors que les personnes expulsées, mises à la rue sans solution, ont tenté de s’installer proche de leur ancien campement, la police les a traquées pour les en empêcher. Des pratiques qui montrent que la préfecture intensifie sa répression et ne tente même plus de se cacher.

« La préfecture expulse à tour de bras »

Selon les militants, la répression en matière d’expulsions s’est intensifiée ces derniers mois, notamment depuis l’arrivée du nouveau préfet de Haute-Garonne, Pierre-André Durand, en janvier 2023. « La nouvelle préfecture expulse à tour de bras sans délai et sans solutions. Il y a une volonté de détruire tous les lieux informels et de fatiguer les gens pour qu’ils partent. C’est un message fort pour montrer que la préfecture se sent en confiance ».
Même si la trêve hivernale ne concerne pas les « squats », la fin de cette protection relative accélère les procédures. Selon la Fondation Abbé Pierre, 140 000 personnes sont menacées d’être mises à la rue depuis le 31 mars, alors que le gouvernement intensifie sa politique antisociale en pleine crise du logement.

Une intensification de la politique répressive de la préfecture de Haute-Garonne qui s’est incarnée à travers les expulsions de ces derniers mois que ce soit celui des habitants de Laporte, les mineurs isolés d’Autonomie et aujourd’hui les familles des campements de Gabardie et de l’Hers. Face à cette politique antisociale, encouragée par l’offensive xénophobe et raciste du gouvernement, qui visent principalement les personnes immigrés et qui laissent à la rue des dizaines de familles avec enfants il y a urgence à construire un front large contre les expulsions et pour un relogement pérenne et immédiat des personnes mises à la rue. Le rassemblement du 1er mars dernier, qui a réuni 300 personnes à l’initiative de plus de 26 organisations, a montré la voie à suivre pour construire ce rapport de force.


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