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LES J.O DE LA HONTE

Expulsions de SDF : comment l’Etat organise le « nettoyage » de Paris à l’approche des JO

Depuis plusieurs mois, on assiste à une accélération des expulsions de personnes sans domicile fixe et des destruction de camps de migrants. Une opération du gouvernement pour chasser de Paris tous ceux qui n’y seraient pas les bienvenus dans la perspective des Jeux Olympiques.

Lisa Mage

16 février

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Expulsions de SDF : comment l'Etat organise le « nettoyage » de Paris à l'approche des JO

Crédit photo : Screenshot X (anciennement twitter) @Utopia56

À l’approche des Jeux-olympiques, les cas de « relogement » forcé de personnes sans-abri, les destructions de camps de migrants et le harcèlement policier des personnes sans domicile fixe et migrantes s’intensifient dans la capitale. Le gouvernement poursuit son offensive anti-pauvres et anti-migrants pour « nettoyer » Paris de tous les « indésirables ».

Les J.O de la honte : « zones rouges » anti-SDF et « déplacement » de migrant-e-s

Depuis plusieurs mois, le nombre de sans-abris « explose » en France, selon Le Point. Dans la région parisienne, regroupant à elle seule plus de la moitié des personnes migrantes en France, surreprésentées chez les personnes sans domicile fixe, ce serait au moins 3 000 personnes, dont 450 enfants, qui dormiraient tous les soirs dans la rue, une augmentation de 16% par rapport à 2022. Une situation qui ne fait qu’empirer dans le cadre de la multiplication des démantèlements des camps de migrants et d’expulsion des sans-abris de la capitale dans la perspective des Jeux Olympiques. D’après Bastamag, la préfecture de Paris aurait annoncé que des « zones rouges », où seront concentrées l’activité des Jeux Olympiques, seraient interdites aux sans-abris.
 
Ainsi, les témoignages de personnes sans-papiers expulsées de la région parisienne dans des conditions inhumaines se multiplient. C’est le cas du campement du boulevard Mac Donald, dans le 19e arrondissement de Paris, démantelé le 12 décembre en vue des Jeux Olympiques, ou encore de celui des quais de Seine, détruit par la police le 6 février dernier.

Les personnes expulsées ont alors le « choix » entre rester à la rue ou prendre un bus pour une ville où ils ne connaissent personne et où ils n’ont aucun moyen de trouver un emploi qui leur permette de se loger et de manger. Pire, des témoignages font état de menaces d’OQTF si ces « relogements » ne sont pas acceptés.

Les squats associatifs, derniers endroits où les personnes sans-abri peuvent se réfugier face à ces politiques d’expulsion massives sont aussi dans le viseur de l’exécutif. Ainsi, fin avril 2023, la police a expulsé le plus grand squat de région parisienne, situé dans le siège désaffecté d’Unibéton sur L’Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à proximité du futur village des athlètes. C’est plus de 500 personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain à la rue, sans aucune perspective de relogement et contraint de s’enfoncer encore un peu plus dans une situation d’illégalité, étant ainsi surexposée à l’arbitraire policier, mais aussi à la faim, au froid et à des conditions de vie inhumaines. 

Au total, c’est, d’après le collectif Schaeffer, 4 100 personnes qui ont été déplacés de la Seine-Saint-Denis après le démantèlement de leur lieu de vie, et qui vivent désormais sur les berges du canal pour la plupart, tandis que 1 600 personnes ont été transférées depuis six mois dans des « sas » d’hébergement en régions.

Une politique xénophobe et anti-pauvres qui s’accompagne d’un renforcement policier

Cette augmentation de la répression envers les personnes sans-abri est synonyme d’une explosion de la présence policière dans la région : « Plus on va s’approcher des JO, plus on va saturer l’espace public de policiers », déclarait ainsi Laurent Nunez, préfet de Paris, en avril dernier. Le délégué interministériel aux Jeux a annoncé que plus de 30 000 policiers seront déplacés vers Paris pour les JO. Renforcement policier et politique de harcèlement des sans-abris vont ainsi de pair. La préfecture avait en ce sens interdit les distributions alimentaires dans certains quartiers du nord de la capitale début octobre. Une décision retoquée par le tribunal administratif une semaine plus tard, ce qui n’a pas empêché la police d’intimider les associations, détruisant ou confisquant des biens de première nécessité durant leurs maraudes

Cette offensive de stigmatisation s’accompagne donc de violences policières de plus en plus décomplexées, encouragées par le passage de la loi Darmanin sur l’immigration, offensive brutale et raciste contre tous les étrangers. Les bénévoles d’associations d’aide aux migrants font ainsi état d’une présence policière continue aux abords des zones où vivent de nombreux sans-abris, à l’image de la Porte de la Chapelle ou de République. Un harcèlement continu, cumulé à des scènes de destruction volontaire des quelques biens que possèdent ces personnes sans-abri. Utopia56 avait ainsi révélé au début de l’année 2023 des images de policiers gazant des matelas et des plaids afin d’empêcher leurs détenteurs de les réutiliser. Des scènes d’humiliations quotidiennes visant à plonger ces personnes en détresse dans une situation de peur permanente.

Logements réquisitionnés pour les JO et explosion des prix des locations

Alors que nous assistons à une augmentation sans précédent de la pauvreté en France, estimée à 15% selon l’INSEE, le nombre de logements sociaux et d’hébergement d’urgence stagnent, voire diminuent. Certains hôtels, qui avaient jusque-là une convention avec l’État pour faire partie du dispositif d’hébergement d’urgence, s’en sont retirés dans la perspective des Jeux Olympiques. 3 000 places d’hôtels sociaux ont ainsi été fermés durant les derniers mois dans la région parisienne. Sans compter les plus de 2 000 logements Crous réquisitionnés par l’État pour accueillir les personnels des Jeux-olympiques, une décision qui a largement fait polémique, avant d’être validé par le Conseil d’État.

Alors que le nombre de logements d’urgence disponible en France s’élève à peine à 200 000, pour plus de 330 000 sans-abris selon la Fondation Abbé Pierre, le nombre de logements vacants eux, s’élèvent à plus de 3 millions, soit plus de 8 % de parc immobilier français. Des logements inoccupés qui, dans une logique de spéculation, ne servent qu’à enrichir une minorité de parasites sur le dos de la majorité de la population. En effet, selon l’INSEE, en 2021, 3,5 % des ménages détenaient la moitié des logements en location.

Dans le même temps, le nombre de sans-abris a plus que doublé en l’espace de 10 ans, près de 3 000 enfants dorment tous les soirs dans la rue tous les jours et la loi immigration vient renforcer encore plus la précarité des sans-papiers, y compris des réfugiés. Une situation dramatique, que même les villes de Bordeaux, Lyon, Grenoble, Strasbourg et Rennes dénoncent en attaquant l’État en justice pour son inaction, mais que le gouvernement cherche à cacher et à déplacer hors de Paris afin que cette réalité ne vienne pas entacher l’image du pays durant les Jeux-olympiques. Face à ces politiques racistes, il est urgent de revendiquer la réquisition des logements vides, mais aussi la régularisation de tous les sans-papiers.


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