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Inflation

En 2024, les travailleurs continueront à se serrer la ceinture

Si le gouvernement et les économistes bourgeois se réjouissent d’une « désinflation », en réalité, les travailleurs devront encore subir de plein fouet l’inflation couplé aux attaques austéritaires du gouvernement cette année.

Raji Samuthiram

3 janvier

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En 2024, les travailleurs continueront à se serrer la ceinture

Après des fêtes de fin d’année marquées par l’austérité et la montée des prix, les travailleurs n’auront pas fini de se serrer la ceinture en cette nouvelle année. Alors que le gouvernement se réjouit aujourd’hui d’une «  désinflation  », pour 2024, les travailleurs continueront bel et bien à payer la crise, autant par la hausse des prix que par les attaques austéritaires du gouvernement.

Si les économistes évoquent aujourd’hui une «  désinflation  », il faut bien comprendre que le terme n’évoque pas une baisse des prix, mais uniquement un ralentissement de la hausse qui se poursuit. Comme l’économiste Michel Rumy l’a expliqué auprès de BFMTV : «  Il ne faut pas s’attendre à un retour à la situation pré-crise ukrainienne. On risque de vivre encore avec des prix toujours en hausse en 2024 et 2025.  » Ainsi, l’Insee prédit que l’alimentation n’augmentera « que » de 1,9%—après avoir atteint un sommet de presque 16% au printemps dernier. Une augmentation qui continue de peser sur les foyers, comme en témoigne d’innombrables études et de chiffres records battus en 2023 : plus d’un Français sur deux a des difficultés à vivre avec les revenus de leur foyer et saute régulièrement ou occasionnellement des repas. De nombreuses associations tels que les Restos du coeur et le Secours Catholique alertent sur l’explosion de la pauvreté. Celle-ci atteignait déjà des records en 2021 selon les derniers chiffres de l’Insee qui affirmait que 14% de la population vit sous le seuil de la pauvreté.

Alimentation, énergie, loyers, carburant, santé… tout ce qui devra (encore) augmenter en 2024

L’alimentation, dont le coût a augmenté de 21% entre janvier 2021 et octobre 2023, demeure une préoccupation principale, surtout chez les plus précaires. Près d’un étudiant sur deux, par exemple, renonce à des achats alimentaires et a déjà supprimé un repas. Alors que le secteur agroalimentaire continue d’enregistrer des profits records, les industriels réclament jusqu’à 4% de hausse de tarif pour 2024. Les négociations commerciales en cours, qui devront aboutir le 31 janvier, détermineront les conditions de vente pour de nombreux produits.

Les autres dépenses contraintes—tels que le loyer, l’électricité, et le carburant—ont également explosé avec l’inflation et continueront d’augmenter, exacerbant encore la précarité de dizaines de millions de foyers. De plus, si les taux d’augmentation seront moins élevés que les années précédentes, le gouvernement prévoit de réduire ou de ne pas renouveler de nombreux dispositifs visant à réduire les effets de l’inflation.

Du côté de l’énergie, l’accord de novembre dernier entre l’État et EDF prévoit une hausse du prix du mégawattheure à un « prix moyen » de 70 euros d’ici 2026, contre 42 euros aujourd’hui. Une augmentation progressive qui se traduira dès cette année par une hausse du prix de l’électricité de 10%, comme l’annonçait le patron d’EDF sur France Info en novembre. A cela s’ajoute la fin « progressive » du bouclier tarifaire sur l’énergie d’ici la fin de l’année.

Même histoire pour le carburant, alors que l’année s’est achevée avec un gazole à 1,75 euro le litre et le SP95-E10 à 1,78 le litre. Alors que le secteur de l’énergie se trouve au premier rang des gagnants des chiffre records du CAC 40 en 2023, ces prix ne risquent pas de retomber de sitôt. S’il est difficile de prédire l’évolution exact, le gouvernement a confirmé qu’il faudrait s’habituer aux tarifs élevés, en annonçant la fin du chèque carburant cette année. De plus, l’indemnité carburant de 100 euros qui concernait dix millions de foyers en 2023 sera dorénavant directement conditionné aux prix. En plus de ces annonces, Bruno le Maire, ministre de l’Économie, a rajouté que le seuil de 1,95 euros lui paraissait « raisonnable ».

Alors que l’inflation entraine une crise du logement à plusieurs niveaux et touchant particulièrement les plus précaires, le gouvernement a refusé de mettre en place un gel des loyers. La hausse des loyers, limitée à 3,5%, devra prendre effet dès ce mois, y compris pour des locataires dans les HLM gérés par les bailleurs sociaux comme Périgord Habitat ou Tarn-et-Garonne Habitat. Selon l’association Consommation Logement Cadre de Vie : «  le loyer moyen en France est de 723 euros, [une augmentation de 3,5%] conduirait à un surcoût de 25 euros par mois, soit 300 euros par an  ».

Aujourd’hui, les locataires n’ont jamais eu autant de retard sur leurs paiements, avec une hausse de 10% d’impayés en un an. A ceci s’ajoute l’entrée en vigueur de la loi dite anti-squat depuis juillet 2023, qui renforce la résiliation automatique du bail dans la plupart des situations d’impayé et la réduction des délais de recours dans ces situations. Des facteurs qui conduiront encore à plus d’expulsions locatives, qui avaient déjà atteint un record en 2022.

Enfin, les dépenses liées à la santé continueront à augmenter aussi, dans la lignée de la dernière loi de financement de la sécurité socialeactée par le gouvernement. Si les décrets d’applications ne sont pas encore sorti pour toutes les mesures, celles-ci comprennent le doublement des franchises médicales (de 50 centimes à 1 euro pour les médicaments) et la chasse aux arrêts maladie de plus de 3 jours quand la consultation ne s’est pas déroulée avec le médecin traitant. De plus, la Mutualité française a annoncé que les complémentaires santé prévoient une hausse moyenne de 8,1% de leurs cotisations cette année.

Un budget austéritaire doublé de réformes contre les travailleurs

Dans son discours du 31 décembre, Emmanuel Macron s’était félicité du « réarmement économique » accompli l’année dernière, dont la réforme des retraites fut selon lui une mesure clé. Depuis, le gouvernement a poursuivi les attaques austéritaires sur le même terrain depuis la rentrée et entend continuer cette année. La réduction des aides à la consommation en sont un premier volet. Dans le même temps, le gouvernement enchaîne les réformes néolibérales au profit du patronat et réduit les dépenses publiques alors que le projet d’une nouvelle Loi Macron visant à « transformer le modèle social » serait dans les starting-blocks. En ce sens, la récente loi immigration, qui conditionnerait l’accès aux aides au logement ou aux allocations familiales à la nationalité ou la régularité des demandeurs, partage cette même logique.

Ainsi, le début de l’année est aussi marquée par la création de France Travail pour remplacer Pôle Emploi. Cette transformation, visant à réduire le chômage et pousser les chiffres de productivité, obligera effectivement les travailleurs à accepter n’importe quel emploi. Si la réforme du RSA ne rentrera en vigueur que l’année prochaine, le conditionnement des allocations chômages au non-refus de CDI est désormais effectif. A compter du 1er janvier, les entreprises devront informer France Travail si un salarié du privé en CDD refuse un offre de CDI. S’il refuse une deuxième offre de CDI en 12 mois, le salarié ne pourra pas bénéficier de l’allocation chômage. Un moyen de faire pression sur les travailleurs et les obliger à accepter des contrats, alors que le gouvernement entend baisser le taux de chômage qui s’élève aujourd’hui à 7,4%. Le 15 décembre, Olivier Dussopt a également confirmé auprès des Échos qu’il souhaitait doubler le nombre de contrôles de recherche d’emploi cette année.

Le gouvernement, fragilisé par une année de colère sociale et par la récente crise autour de la loi immigration, cherche aujourd’hui à faire passer son budget austéritaire coûte que coûte. Encore une fois, tout augmente sauf les salaires. Le SMIC, partiellement indexé sur l’inflation, augmentera de 15 euros à 1 398,69 pour 35 heures par semaine. Une somme risible à l’heure où le nombre de smicards n’a jamais été aussi élevé avec un salarié sur 5 au SMIC—dont une forte proportion de femmes et de salariés à temps partiels. Face à ces attaques, la passivité des directions syndicales se contentant du dialogue social représente une impasse stratégique de taille pour notre classe qui, en absence d’un plan de bataille conséquent, continuera à subir de plein fouet les augmentations des prix au quotidien.


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