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« Désmicardiser » : la nouvelle arnaque de Attal pour faire des cadeaux aux patrons

Gabriel Attal a inventé un nouveau mot : la « désmicardisation ». Pour avoir moins de smicards, le gouvernement a plusieurs pistes de travail : plus d’argent public aux patrons ou la désindexation du SMIC sur l’inflation.

Joshua Cohn

3 avril

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« Désmicardiser » : la nouvelle arnaque de Attal pour faire des cadeaux aux patrons

Crédit photo : Assemblée nationale/ séance plénière du 30 janvier 2024

Le 30 janvier dernier, lors de son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale, Gabriel se présentait en défenseur des travailleurs pauvres en appelant à «  désmicardiser la France. » « On ne peut accepter une France où beaucoup sont condamnés à rester proches du SMIC toute leur carrière » ajoutait-il.

En effet, en 2023, plus de 17 % des salariés touchaient le SMIC, un chiffre en nette augmentation depuis 2021 (alors 12 % des salariés), qui s’explique par l’indexation du salaire minimum sur l’inflation, rattrapant ainsi les plus bas salaires que le patronat et le gouvernement ont tout fait pour ne pas augmenter. Pour tenter de répondre à la bombe sociale que constitue ce contingent de salariés faiblement rémunérés, le gouvernement a réuni le jeudi 28 mars un « Haut Conseil des rémunérations », composé de représentants des syndicats, du patronat et de l’administration, et chargé de proposer des mesures pour « désmicardiser » la France.

En attendant ses premières conclusions prévues pour le mois de juin, les déclarations du camp présidentiel donnent une idées des pistes envisagées. Sans surprise, aucune ne défend l’indexation générale des salaires sur l’inflation. Les prétendues solutions reviennent à faire financer par le plus grand monde de nouveaux cadeaux au patronat, quand il ne s’agit pas purement et simplement de baisser les salaires.

La coupe sèche : la désindexation du SMIC

La solution la plus brutale pour « désmicardiser » est de mettre fin à l’indexation automatique du SMIC sur l’inflation. Répondant aux questions de Challenges fin janvier, le député Renaissance Marc Ferracci déclarait : « [C]ette indexation peut s’avérer trop lourde pour les entreprises, notamment les plus jeunes. Cela produit aussi un tassement des grilles salariales, avec des différences de salaires de plus en plus faibles à proximité du Smic. Le groupe d’experts sur le salaire minimum a par exemple proposé de redonner aux partenaires sociaux la capacité de décider de la revalorisation du salaire minimum. C’est une piste à explorer. » Une idée reprise par Bruno Le Maire dans son livre publié le 20 mars dernier.

Aujourd’hui le SMIC est revalorisé chaque année le 1er janvier pour tenir compte de l’inflation. Lorsque l’inflation chiffrée par l’INSEE atteint 2 % en moins d’un an, il est également revalorisé en cours d’année. Ce dernier mécanisme s’est déclenché une fois, en 2021, deux fois en 2022 et une fois en 2023, un symptôme de l’inflation marquée de ces dernières années. La dernière fois que le SMIC a été augmenté de manière volontaire par un gouvernement, c’est-à-dire en dehors de ce mécanisme d’inflation réglementaire, c’était en 2012 : il avait été augmenté de… 0,6% !

Selon Le Maire, la fin de l’indexation automatique permettrait une négociation différenciée de la revalorisation des bas salaires branche par branche et entreprise par entreprise. Cette mesure reviendrait à maintenir un SMIC à montant fixe, tandis que les prix continueraient de monter. Il arriverait au SMIC, ce qui arrive à tous les autres salaires lors des négociations de branche ou de NAO entreprise par entreprise, il baisserait en termes réels ! Peut-être dans de rares secteurs, certains salariés auraient des augmentations plus importantes qu’ailleurs, et se différencieraient des salaires plus bas, mais sans aucune assurance de voir leur bas salaire augmenter davantage que ne le fait le SMIC actuellement en suivant l’inflation. En bref, des salariés « désmicardisés » dans une situation certainement pire qu’avec le SMIC actuel.

Le tour de passe-passe : prendre aux plus modestes pour aider le patronat

Une autre hypothèse envisagée par le gouvernement serait d’octroyer de nouvelles exonérations de cotisations sociales au patronat, en imaginant que les profits ainsi générés seront reversés en augmentations de salaire.

En effet, le patronat se plaint continuellement du fait que les exonérations de cotisations patronales accordées pour une rémunération au SMIC sont dégressives jusqu’à 1,6 SMIC. L’exemple souvent cité est celui des 238 € supplémentaires qu’un employeur doit déverser mensuellement pour augmenter un salarié au SMIC de 100 € nets, compte tenu des cotisations nécessaires au financement de la santé, des retraites ou encore du chômage. Une sommes en réalité dérisoire au regard de l’état déplorable du système de santé et des 97,1 milliards d’euros reversés aux actionnaires du CAC 40 en 2023, mais que le patronat agite à toute occasion pour refuser d’augmenter les salariés.

Le gouvernement propose donc de nouvelles exonérations de cotisations au patronat, alors que les exonérations existantes coûtent déjà 75 milliards d’euros par an à la Sécurité sociale. Pour compenser ce nouveau manque à gagner, Bruno Le Maire propose d’augmenter la CSG ou la TVA. Une manière de faire payer au plus grand nombre ce nouveau cadeau au patronat ! La CSG est en effet payée par les salariés mais également par les retraités ou les titulaires d’une pension d’invalidité, tandis que TVA est l’impôt le plus injuste qui soit puisqu’il est payé par tous, au même niveau, que vous soyez sans revenu ou que vous touchiez des millions, que vous achetiez une voiture de sport ou un tube de dentifrice.

La poursuite d’une politique de déflation salariale

La nouvelle trouvaille sémantique du Premier ministre ne présage donc aucune nouveauté sur le terrain des salaires. « Désmicardisation » ne signifiera jamais « augmentation des salaires ». Tout au plus, le gouvernement poursuit la politique historique de l’Etat français de subvention publique des bas salaires par les exonérations et la prime d’activité, dispositifs financés au final par les travailleurs qui paient des cotisations et des impôts, qui dispensent le patronat de mettre la main à la poche.

La politique concrète du gouvernement pousse en réalité les patrons à payer leurs salariés le plus bas possible (donc aujourd’hui au SMIC). La poursuite de l’offensive du gouvernement sur le terrain du chômage exerce une pression à la baisse sur les salaires, en contraignant les demandeurs d’emploi à accepter n’importe quel poste à n’importe quelles conditions. Pendant ce temps, le patronat continue de fracturer le monde du travail pour baisser les salaires par le recours à la sous-traitance ou aux auto-entrepreneurs.

Contre une offensive coordonnée du patronat et du gouvernement contre les salaires, se battre boite par boite ou branche par branche ne suffira pas et divise les forces des travailleurs. Il faut préparer une lutte d’ensemble au niveau national pour revendiquer une augmentation d’au moins 400 € de tous les salaires et pensions, l’indexation des salaires sur l’inflation, mais aussi la répartition du temps de travail entre toutes et tous et la fin de tous les statuts précaires, sous-traitants et intérimaires, qu’utilise le patronat pour tirer vers le bas les salaires de toutes et tous.


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