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Moyen-Orient

Démission du gouvernement palestinien : la guerre attise la crise de l’Autorité palestinienne

Le Premier ministre palestinien Mohamed Shtayyeh appelle à la formation d'un nouveau gouvernement de l'Autorité palestinienne doté d'une large majorité nationale, dans un contexte de popularité croissante du Hamas, et de pressions américaines en faveur de la mise en place d'une structure politique capable de gouverner un État palestinien après la guerre à Gaza.

Santiago Montag

27 février

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Démission du gouvernement palestinien : la guerre attise la crise de l'Autorité palestinienne

Crédit photo : France 24 sur YouTube

Nous traduisons un article paru dans La Izquierda Diario

Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a annoncé la démission du gouvernement de l’Autorité Nationale Palestinienne qui contrôle certaines parties de la Cisjordanie occupée, en raison de l’escalade de la violence dans le territoire occupé et du génocide à Gaza qui a fait près de 30 000 morts.

« La décision de démissionner a été prise à la lumière de l’escalade sans précédent en Cisjordanie et à Jérusalem et de la guerre, du génocide et de la famine dans la bande de Gaza », a déclaré M. Shtayyeh, qui a présenté sa démission au président de l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP), Mahmoud Abbas, ce lundi.

« Je vois que la prochaine étape et ses défis nécessitent de nouvelles dispositions gouvernementales et politiques qui prennent en compte la nouvelle réalité à Gaza et la nécessité d’un consensus basé sur l’unité palestinienne et l’extension de l’unité de l’autorité sur la terre de Palestine », a-t-il déclaré.

La démission de M. Shtayyeh coïncide avec une hausse de la popularité du Hamas à Gaza, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés de la diaspora, au détriment du Fatah (le parti qui gouverne l’ANP), à la suite de l’attaque qui a servi de déclencheur à la guerre. Bien que le Premier ministre palestinien n’ait pas mentionné le parti islamique qui est au pouvoir dans la bande de Gaza, il a déclaré que les autorités devaient rechercher une large majorité sur laquelle bâtir un nouveau gouvernement capable de relever les nouveaux défis qui attendent la bande de Gaza.

« Cette décision intervient à la lumière des développements politiques, économiques et sécuritaires liés à l’agression contre le peuple palestinien dans la bande de Gaza et à l’escalade sans précédent en Cisjordanie, y compris dans la ville de Jérusalem », a déclaré le premier ministre palestinien. M. Shtayyeh fait référence aux attaques qui ont également lieu dans le reste des territoires palestiniens, notamment en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où les colons et les soldats ont tué plus de 400 personnes depuis le 8 octobre.

Al-Fatah, le parti palestinien qui contrôle l’ANP, et le Hamas ont tenté ces derniers mois de se rapprocher et de resserrer leurs rangs face aux attaques israéliennes. Pour tenter de former un gouvernement d’union, les deux parties doivent se rencontrer à Moscou mercredi. « La démission du gouvernement Shtayyeh n’a de sens que si elle s’inscrit dans le cadre d’un consensus national », a déclaré à l’agence de presse Reuters Sami Abu Zuhri, un haut responsable du Hamas.

L’Autorité Nationale Palestinienne se retrouve sans gouvernement alors qu’elle tente de négocier la libération d’autres otages et l’instauration d’un « cessez-le-feu » durable. Toutefois, ces négociations, menées sous la médiation de la communauté internationale (Washington, Paris, Le Caire et Doha), n’ont pas permis d’arrêter le génocide. Israël continue de bombarder des zones supposées sûres, d’acculer la population palestinienne de Gaza et d’empêcher l’entrée de fournitures et d’aide humanitaire.

Le refus israélien d’un État palestinien

Face à ces images terrifiantes, il devient de plus en plus difficile pour les Etats-Unis de tenir un discours qui cautionne « la légitime défense d’Israël ». C’est pourquoi Washington presse Abbas de secouer l’Autorité palestinienne et de commencer à travailler sur une structure politique qui pourrait gouverner un État palestinien après la guerre.

Toutefois, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rejeté à plusieurs reprises les appels lancés à l’Autorité palestinienne dirigée par M. Abbas pour qu’elle prenne le contrôle d’un État palestinien et qu’elle gouverne la bande de Gaza. La semaine dernière, les législateurs israéliens ont soutenu le rejet par M. Netanyahu de toute reconnaissance « unilatérale » d’un État palestinien.

« La Knesset s’est unie à une écrasante majorité contre la tentative de nous imposer la création d’un État palestinien, qui non seulement ne permettrait pas de parvenir à la paix, mais mettrait en danger l’État d’Israël », a déclaré M. Netanyahu.

Alors que la Cour Internationale de Justice entend une cinquantaine de pays sur les implications juridiques de l’occupation israélienne de la Cisjordanie et met en garde contre un éventuel génocide, le ministre israélien des finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a annoncé jeudi des projets de construction de plus de 3 300 nouveaux logements coloniaux sur le territoire cisjordanien en réponse à une fusillade qui a coûté la vie à un civil israélien.

L’avancée du Hamas

La popularité du Hamas a augmenté dans la bande de Gaza à chaque fois qu’il est entré en guerre avec Israël depuis sa victoire aux élections de 2006, et il est le seul administrant de Gaza depuis 2007. Si le Hamas a connu une baisse de son soutien interne en raison de la détérioration constante de la situation à Gaza avant le 7 octobre, il a regagné en prestige après l’attaque inattendue de ce jour-là.

Malgré la vague massive de destructions et le désastre humanitaire auxquels les gazaouis ont été soumis par les attaques israéliennes, le Hamas est accepté par les Palestiniens dans tous les territoires. En Cisjordanie, ses sympathisants ont presque quadruplé avec la guerre, comme le montre un sondage réalisé en décembre par le Palestinian Centre for Policy and Survey Research (PSR), en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer.

Les attaques israéliennes actuelles, qui ont commencé après l’attaque du Hamas le 7 octobre, ont également un impact politique.

La guerre est survenue à un moment délicat pour Abbas, 87 ans, qui avait déjà été remis en question par une grande partie de la population palestinienne pour son rôle de "collaborateur". Le chef du Fatah n’a pas convoqué d’élections depuis près de vingt ans, alors que les Palestiniens sombrent dans la pauvreté en raison de l’occupation israélienne, de la progression des colonies et du blocus économique. Pendant ce temps, le conflit s’étend au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a été mis sous pression par les protestations contre la réforme judiciaire qui l’ont mises dans l’embarras. Il s’appuie désormais sur les secteurs d’extrême droite qui s’opposent à toute forme de négociation et qui veulent poursuivre les attaques jusqu’à ce que tous les Palestiniens soient déplacés en Égypte ou en Jordanie. Mais politiquement, Netanyahou voit son image s’éroder à l’intérieur du pays.

La démission de Shtayyeh est une forme de reconnaissance de la popularité croissante du Hamas et de la nécessité de l’intégrer dans le gouvernement de l’ANP. Cela ne signifie pas qu’ils gouverneront la Cisjordanie, mais c’est une façon d’ouvrir le jeu pour éviter l’effondrement du Fatah. Pour la communauté internationale, un éventuel rôle plus important du Hamas dans l’appareil de pouvoir palestinien signifierait de plus grandes difficultés pour la fin de la guerre et la pacification et la reconstruction de la bande de Gaza qui s’ensuivraient. D’autant que pour Israël, cela pourrait justifier la poursuite des attaques, de la même manière que les massacres ont augmenté en Cisjordanie depuis le 7 octobre. Mais un tel scénario, en rupture avec les buts de guerre affichés par Netanyahu de détruire le Hamas, pourrait aussi avoir pour effet de se retourner contre le président israélien.

Avec des informations d’El País et d’Al Jazeera.


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