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Répression

Bordeaux : une centaine de personnes pour discuter et s’organiser contre les violences policières et la répression

Jeudi soir, une conférence contre la répression policière animée par le collectif d’action judiciaire et l’avocat bordelais Gabriel Lassort réunissait près d’une centaine de personnes. L’occasion de décrypter les mécanismes répressifs à l’oeuvre dans le cadre du mouvement contre la réforme des retraites, et de chercher des solutions collectives face à cette offensive

Jyhane Kedaz

9 mai 2023

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Bordeaux : une centaine de personnes pour discuter et s'organiser contre les violences policières et la répression

Crédits photo : Révolution Permanente

Pas un mètre carré n’a été laissé inoccupé dans la salle par l’audience : au Zig Zag Café dans le centre de Bordeaux jeudi soir, une échéance contre la répression et les violences policières faisait carton plein. Animée par l’avocat bordelais Gabriel Lassort, désormais bien connu des manifestants, ainsi que trois juristes et élève-avocate membres du Collectif d’action judiciaire (CAJ), la conférence avait pour objectif de revenir sur l’offensive répressive en cours dans le cadre du mouvement contre la réforme des retraites et les réflexes élémentaires pour s’en prémunir. L’occasion de rappeler aussi la nécessité d’une réponse collective et politique contre les tendances répressives à l’encontre des travailleurs et de la jeunesse, symptômes de la crise sociale.

Au cours de la soirée, les intervenants sont revenus, sous l’oreille attentive de la centaine de participants, sur la situation politique, les mécanismes coercitifs actuels, mais aussi sur l’opération Wuhambushu à Mayotte, laboratoire de la brutalité policière, ainsi que sur plusieurs conseils pratiques sur les droits des manifestants réprimés. Une discussion et un échange riche avec la salle qui a duré plus de deux heures.

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Une répression proportionnelle à la fébrilité de l’exécutif

Ainsi, Marie N. et Romane B, juriste et élève avocate en droit du travail et membres du CAJ sont revenues sur les causes du tournant répressif actuel. Bien que le mouvement contre la réforme des retraites soit dans une période de reflux et que l’Intersyndicale cherche une porte de sortie en reportant la contestation au 6 juin, les racines de la crise politique sont toujours là. Détestation de l’exécutif, crise du régime, absence de majorité stable pour le reste du quinquennat… le gouvernement se sait fébrile.

Cette instabilité explique le déploiement d’un arc répressif important : d’abord policier, avec des gardes à vues massives depuis le passage en force de la loi au moyen du 49.3, mais aussi administratif, avec des arrêtés préfectoraux à l’encontre des manifestations ou des réquisitions de grévistes. Une offensive permise par l’instauration dans le droit commun d’un certain nombre de mesures d’exception et qui tend à s’approfondir alors que les gouvernements capitalistes cherchent à imposer leur agenda anti-social contre la volonté de la majorité de la population.

Mayotte, laboratoire de la brutalité policière

Parce que les quartiers populaires et les colonies constituent le laboratoire de la répression, Justine C., juriste, est à son tour revenue en détail sur l’opération militaire en cours à Mayotte, ayant pour l’État français l’objectif de réaffirmer son autorité à l’Internationale et en interne.

Enfin, Gabriel Lassort, avocat pénaliste, a donné un certain nombre de conseils juridiques sur les droits en manifestation ainsi que pendant et après les gardes-à-vue. En effet, en ayant en tête que la majorité des fiches d’interpellations actuelles sont peu fournies, l’avocat a rappelé l’importance d’user d’un certain nombre de droits élémentaires comme celui au silence, afin de ne pas s’auto-incriminer, mais aussi les cas dans lesquels il ne vaut mieux pas donner son code de téléphone, ou encore dans lesquels il faut refuser une comparution immédiate etc.

Des réflexes individuels… et une réponse collective

La tribune a ainsi croulé sous les questions. Et pour cause, la conférence s’est déroulée quelques jours après une série de rassemblements et d’interpellations en cascade à Bordeaux (lien article), à commencer par celui du 1er mai. Au cours de la semaine, plusieurs jeunes ont ainsi écopé de poursuites judiciaires, parfois pour le simple fait d’avoir chanté des slogans. De nombreux participants, dont de nombreux jeunes, étaient ainsi venus témoigner de leur expérience face à la police au cours du mouvement contre la réforme des retraites : interpellation musclée, garde à vue…

L’engouement témoignait d’un besoin d’acquérir, pour toute une nouvelle génération militante, de nouveaux réflexes face à l’Etat. Mais aussi d’une volonté de s’organiser collectivement pour répondre à l’offensive policière et à la criminalisation de l’extrême-gauche. Un succès qui ne restera pas sans suite, de nouvelles idées d’actions ayant émanées à ce sujet, bientôt rendues publiques. Plus que jamais, l’ensemble du mouvement social doit se saisir de la question de la répression afin de répondre à l’offensive antidémocratique à l’œuvre !


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